Poussés par la famine qui sévissait dans leur pays, les Hébreux se sont réfugiés en Egypte où l'on disait que les greniers à blé étaient bien garnis. Ils y resteront 400 ans durant. Au début accueillis comme des étrangers qu'il fallait secourir, les Hébreux furent peu à peu considérés comme de la main d'œuvre soumise, docile et peu onéreuse. En réalité ils étaient devenus comme les esclaves des Egyptiens. Dieu vit alors la misère de son peuple et toutes les humiliations dont il était victime, et il décida de le libérer de tout esclavage.

C'est ainsi que Dieu sollicita Moïse, fils d'Hébreu, sauvé des eaux de la noyade dans le Nil par la fille de Pharaon et élevé à la cour. Il lui confia la mission courageuse et périlleuse de faire sortir le peuple hébreu de cette terre nourricière mais asservissante qu'était devenue l'Egypte, pour le ramener vers la terre de liberté de ses ancêtres. Il organisa la "fuite" et la "sortie" de cet enfermement collectif en lui faisant franchir la Mer Rouge. Cette traversée dont le souvenir est gardé et célébré comme un événement fondateur de la renaissance du Peuple hébreu asservi est ressentie comme une Pâque, un passage, pessah en hébreu. Contraint, conditionné, soumis en esclavage, enchaîné, le Peuple hébreu va recouvrer la liberté et son identité, et vivre selon ses droits et ses lois, ses projets.

Or on peut dire que ce chemin accompli par tout un peuple, chacun est appelé à l'accomplir en sa propre vie. Conditionné et accroché à la remorque, chacun peut se sentir prisonnier - d'idées, de son milieu social et culturel, de son passé -, paralysé en paroles et en actes, écartelé entre ses aspirations à une authentique liberté et tout ce qui l'enferme et le retient. Chacun est appelé à faire sauter les cadenas et les verrous qui le rendent muet, noué, en le clouant au sol lorsqu'il prend la parole et des initiatives, en s'extrayant des conditionnements pour entrer dans une vie libérée et transformée. Chacun est appelé à prendre les moyens de sa sortie et à traverser la Mer Rouge pour aboutir à son chemin de libération.

La Résurrection du Christ qui fait de lui un vivant autrement l'a affranchi des limites temporelles et physiques par lesquelles il était incarné, dans ce monde sensible grâce auquel il a pu révéler, en paroles, en actes, en comportement, Dieu son Père dont il nous a dit qu'Il était aussi le nôtre. La Pâque du Christ s'enracine dans la Pâque juive, mais la prolonge puisqu'elle n'est plus seulement un statut actuel dans une vie libérée, mais l'arrivée dans une vie nouvelle qui traverse et passe la mort elle-même. A la suite du Christ ressuscité les chrétiens sont assurés d'entrer dans cette existence dépouillée de toute limite, de toute contrainte, de tout divertissement et aliénation. Chacun a vocation à ressusciter et recevoir cette vie divine, immortelle et éternelle, c'est-à-dire libérée de tous les conditionnements et même enfermements qui lestaient et parfois provoquaient des dérives, voire parfois des naufrages.

Ainsi donc dès maintenant et au cœur de son existence actuelle, chacun a vocation à progresser derrière Jésus ressuscité qui a ouvert une route où les pires obstacles sont surmontés et la mort elle-même, en finale, transformée en vie éternelle, par la toute-puissance de l'Amour. Qui choisit d'aimer prend le cap qui le fera accoster à la rive où Jésus vivant l'accueillera et le fera demeurer à jamais en Lui.