Les "séminaristes", dans tous les diocèses de France, qui se préparent à prendre la relève de la génération des prêtres dont le passé est désormais plus long que leur avenir, sont devenus une denrée rare ! Ceux qui deviennent prêtres, au compte-gouttes, sont accueillis avec ferveur et faveur par les communautés chrétiennes et les prêtres qui ont donné à l'Eglise le meilleur d'eux-mêmes.

Je ressens beaucoup de joie à participer à une ordination presbytérale, d'une façon comparable, peut-être, à un agriculteur dont un des enfants accepte de succéder à son père et d'assumer les missions de cette profession, belle mais parfois si exigeante ! Je me dis toutefois que la tâche pastorale s'exercera pour eux dans un monde si différent de celui que nous avons vu évoluer si vite, et au sein d'une Eglise diocésaine et universelle tenue de s'y incarner et de s'y adapter sans rien perdre de la vigueur du levain et du sel dont elle est dépositaire agréée.

Comme Jésus dont la parole faisait autorité, les jeunes prêtres doivent annoncer et faire connaître, aimer Jésus, avec autorité. Cela exige de leur part qu'ils soient reconnus et entendus, en ayant appris le langage des gens et en se faisant proches de leurs aspirations et de leurs préoccupations. Cela suppose aussi que ces jeunes prêtres fassent du Christ un "proche" compagnon de leur route, fréquenté dans la prière et dans les sacrements, mais aussi dans les personnes au service desquelles ils sont chaque jour. Il me semble que la mission des prêtres consistera à appeler, instruire et soutenir de nombreux baptisés à déployer leur sacerdoce de chrétiens, bien sûr d'abord au sein de leurs activités et responsabilités séculières familiales, sociales, économiques, culturelles, associatives, politiques, mais aussi sur le plan ecclésial par la participation différenciée et complémentaire de chaque membre.

Tels des maçons qui construisent une maison en pensant aux gens qui l'habiteront, les jeunes prêtres doivent en priorité tout faire pour que l'Eglise soit en mesure d'accueillir et de transmettre l'Evangile, et de faire en sorte que les baptisés y prennent leur place et leur part. Dans un monde chamboulé et souvent désorienté, dans une société atomisée et contradictoire, en pleine recomposition, évolutive et liquide, les prêtres devront contribuer à sauver les rescapés et offrir dans les communautés qui leur seront confiées des lieux de fraternité et de paix, de guérison. Le pape François n'invite-t-il pas l'Eglise à être présente sur les terrains du monde à la façon dont l'est un hôpital de campagne ? Comme les prêtres aînés qui ont essayé de répondre aux besoins de l'époque, ceux qui arrivent dans le champ devront prendre les initiatives en fonction du monde actuel !

L'incarnation, l'incardination des prêtres diocésains demeurera toujours la voie qu'a lui-même privilégiée Jésus. Cela se traduit pour les prêtres par un engagement à être présent quelque part et refuser l'éparpillement et la dispersion. C'est à cette condition que le prêtre, par ses choix, ses paroles et ses actes, acquiert une véritable stature pastorale et rayonne d'une humble et ferme autorité.

Enfin, autant nous pouvons souhaiter que les prêtres jeunes s'épanouissent pleinement en faisant valoir leurs talents et charismes propres, autant il est indispensable pour la cohérence et la cohésion des communautés chrétiennes que le presbytérium d'un diocèse saisisse des occasions de manifester son unité et sa communion autour du seul et vrai Berger d'humanité qu'est le Christ.