La vertu qu'est la joie est un état intérieur, intime, durable, discret, car elle n'a rien à voir avec certains rires intempestifs et bruyants parfois exécutés sur commande ou attendus de l'artiste en scène pour le gratifier. La joie n'est ni un plaisir ponctuel ni une satisfaction superficielle. La joie éclaire la personne du dedans de son âme et la rend lumineuse et rayonnante. La joie ressemble à une maison habitée dont les lampes traversent les ouvertures et les rires de bonheur les murs eux-mêmes. La joie est encore comparable à la lampe du tabernacle qui avertit de la présence de Jésus, hostie. La joie n'ignore nullement les blessures et les souffrances, elle s'y forge une endurance et une résilience, une permanence, à l'image du forgeron qui, pour façonner le fer, doit d'abord le faire passer par l'épreuve du feu et des coups.

La joie n'a rien à voir avec le ravissement béat et ignorant, aveugle et sourd devant le spectacle désolant des guerres, des haines, des violences et des intolérances. La source de la joie est en Dieu. Elle est le fruit de la foi et de l'Espérance qui reposent sur la confiance en Dieu. Les peurs, le pessimisme, l'acédie, la tristesse, la morosité, le désespoir, la méfiance de soi et des autres, la joie de l'Evangile peut nous en libérer, et elle peut nous ouvrir à un avenir dans lequel l'énergie de l'Esprit nous sera donnée pourvu que notre cœur lui fasse bon accueil.

Le pape François, dans son exhortation La joie de l'Evangile, au n° 275 nous confie ceci : "Dans le deuxième chapitre, nous avons réfléchi sur ce manque de spiritualité profonde qui se traduit par le pessimisme, le fatalisme, la méfiance. Certaines personnes ne se donnent pas à la mission, car elles croient que rien ne peut changer et pour elles il est alors inutile de fournir des efforts. Elles pensent ceci : “Pourquoi devrais-je me priver de mon confort et de mes plaisirs si je ne vois aucun résultat important ?”. Avec cette mentalité il devient impossible d’être missionnaires. Cette attitude est précisément une mauvaise excuse pour rester enfermés dans le confort, la paresse, la tristesse de l’insatisfaction, le vide égoïste. Il s’agit d’une attitude autodestructrice, car « l’homme ne peut pas vivre sans espérance : sa vie serait vouée à l’insignifiance et deviendrait insupportable ». Si nous pensons que les choses ne vont pas changer, souvenons-nous que Jésus Christ a vaincu le péché et la mort et qu’il est plein de puissance. Jésus Christ vit vraiment. Autrement, « si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message » (1 Co 15, 14). L’Évangile nous raconte que les premiers disciples allèrent prêcher, « le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole » (Mc 16, 20). Cela s’accomplit aussi de nos jours. Il nous invite à le connaître, à vivre avec lui. Le Christ ressuscité et glorieux est la source profonde de notre espérance, et son aide ne nous manquera pas dans l’accomplissement de la mission qu’il nous confie."

Au n° 21, le pape François écrit : "La joie de l’Évangile qui remplit la vie de la communauté des disciples est une joie missionnaire. Les soixante-dix disciples en font l’expérience, eux qui reviennent de la mission pleins de joie (cf. Lc 10, 17). Jésus la vit, lui qui exulte de joie dans l’Esprit Saint et loue le Père parce que sa révélation rejoint les pauvres et les plus petits (cf. Lc 10, 21)."

Et au n° 23 : "L’intimité de l’Église avec Jésus est une intimité itinérante, et la communion "se présente essentiellement comme communion missionnaire"… "La joie de l’Évangile est pour tout le peuple, personne ne peut en être exclu. C’est ainsi que l’ange l’annonce aux pasteurs de Bethléem : « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie qui sera celle de tout le peuple » (Lc 2, 10)."