Ceux-là n'ont pas choisi la guerre qui ravage leur pays et met leur vie en péril quotidien, ceux-là ne sont pas coupables du sous-développement économique et social de leur région qui obscurcit entièrement leur avenir et celui de leur famille, ceux-là enfin ont quitté leur village et leurs terres, la dépendance aux aléas climatiques, en espérant trouver un travail et des moyens de vivre meilleurs en ville, des facilités scolaires pour leurs enfants. De difficultés à affronter en déceptions, ils ont peu à peu imaginé qu'ils se devaient de quitter cette situation pour tenter l'aventure d'un "ailleurs lointain" risqué, mais prometteur. Ils sont jeunes, en couple, en famille, prêts à souffrir pour tenter leur chance et espérer vivre mieux. Ils prennent la route, deviennent migrants sur des routes et des voies terrestres et maritimes remplies de dangers. Les "passeurs" sans scrupules et sans pitié les délestent de la modeste somme d'argent peu à peu mise de côté en prévision de ce "grand saut" que représente leur émigration.

Face à ces "arrivées", certains d'entre nous diront : leur devoir est de rester chez eux et de contribuer au devenir de leur pays d'origine. D'autres avanceront cette phrase prononcée par Michel Rocard : "Notre pays ne peut accueillir toute la misère du monde". Nos responsables politiques du moment, tout en ayant des discours à l'allure accueillante, prendront des dispositions légales pour maîtriser de très près la mise en œuvre réelle de cet accueil, alléguant le besoin de temps et de moyens pour absorber et intégrer ces nouveaux venus.

Ces citoyens généreux qui ouvrent leurs portes aux migrants clandestins sont admirables d'humanité. Les bénévoles investis dans les centres d'accueil des migrants leur procurent des habits, de la nourriture, un réconfort moral ; ils leur manifestent des marques de respect de leur dignité de migrants, écoutent leur récit, les initient à notre langue, les informent de nos coutumes et leur apprennent les attitudes à adopter pour le "vivre ensemble", ils effectuent avec eux les démarches administratives et sanitaires.

Entre le refus catégorique de toute entrée des immigrés sur notre territoire signifié par des barbelés et les harcèlements permanents pour les dissuader de rester s'ils sont déjà là, ou encore l'expulsion s'ils ne répondent pas aux critères définis par les lois d'immigration, n'y a-t-il pas à s'accorder sur le fait objectif que ces "migrants", d'où qu'ils proviennent, sont des êtres humains comme nous ? On ne peut leur reprocher d'aspirer à une vie plus belle et plus conforme à la dignité quand on apprend par les récits qu'ils confient que la guerre, la faim, la sécheresse ou les tempêtes destructrices sont les raisons de leur décision de "quitter" l'endroit où ils sont nés. Ces questions de déplacement d'exil et d'exode, l'Histoire en est jalonnée. La Bible nous raconte ces 450 ans d'exil du Peuple hébreu en Egypte parce que la sécheresse sévissait en Canaan. Ce Peuple a été déporté entre le Tigre et l'Euphrate au pays de Babylone du temps de Nabuchodonosor. Joseph et Marie doivent fuir la fureur du roi Hérode qui menace d'assassinat le nouveau-né qu'est Jésus.

Le propos de ce billet n'est donc pas d'affirmer naïvement que les flux migratoires actuels ne devraient trouver de solution qu'en accueillant largement et les yeux fermés ! Notre devoir collectif est double : ne pas regarder les immigrés comme des "envahisseurs", mais comme des "rescapés" de naufrages subis - guerre, faim, extrême pauvreté, désordres climatiques -, en droit de chercher une situation plus humanisante. Et, deuxièmement, soutenir de façon plus judicieuse et courageuse le développement de ces pays d'où proviennent les immigrés frappant aujourd'hui aux portes de l'Europe. Mais, avant toute chose, un immense respect de la dignité humaine de chacun !