Les "penseurs" officiels avaient prédit que logiquement toute trace des périodes religieuses qui avaient construit les cathédrales serait effacée, au moins dans les esprits "normalement équilibrés" et la culture rationnelle et donc raisonnable lors du nouveau siècle ! Or c'est tout le contraire de ce qui a été annoncé comme inéluctable qui semble se passer ! Le besoin religieux revient, à l'image du reflux de l'océan lors de la marée montante. Et à l'image des enfants qui doivent compter avec la force des vagues sur la plage, le monde séculier lui-même ne peut plus ignorer le religieux, qui l'intrigue !

En effet on a imaginé le temps et l'espace entièrement et définitivement dominés et imprégnés de sécularité et d'horizontalité, en un mot toute la vie terrestre définitivement amnésique de l'idée même de Dieu, du divin, et voilà que cette pensée revient en force dans la famille, la société, la politique, l'école… Or ce regain de religieux n'est plus canalisé par des églises elles-mêmes débordées et parfois essouflées, elles-mêmes interpellées par la diversité et la pluralité étonnantes de ce "réveil" religieux à tout va !

Les interprétations de ce phénomène vont bon train. Pour les uns, le monde va si mal qu'il recherche instinctivement une sortie de crise en invoquant le ciel. D'autres restés attachés à leur religion voient ce recours à Dieu comme un sage retour du balancier après des égarements de l'homme qui enfin se repent d'avoir voulu tout décider et tout faire sans aucun rapport au Créateur. En fait, la soif de spiritualité et de transcendance est une dimension de la nature humaine qu'à travers les siècles on a parfois essayé de satisfaire à travers des idéaux ramenés à portée de main. L'argent, le consumérisme, les loisirs et les plaisirs, la satisfaction instinctive des sens, l'avoir prioritaire à l'être, le veau d'or plutôt que les tables de la loi… ont rapidement comblé la faim et la soif de sens et d'horizon que tout être humain détient en lui. Pour n'avoir plus à chercher, on peut toujours consentir à ces addictions qu'offre avec abondance et à bon marché la société, tous ces coupe-faim que sont les illusoires gadgets de la consommation qui va des biens matériels aux idées préemballées prêtes à décongeler et à avaler sur place !

Si la religion revient à la façon dont les eaux de l'océan refluent, si elle s'insinue et parfois s'impose dans les débats et les concertations, prenant beaucoup de nos "penseurs" de court, c'est parce qu'un jour ou l'autre la liberté et la dignité auxquelles tout être humain aspire lui font ressentir au plus profond de lui que l'homme ne vit pas seulement de pain et de biens matériels, mais aussi de révélations sur son origine et sa fin, et de liens aux autres. .Lorsque les sociétés avouent leur désir profond de se hisser, de gravir la montagne pour considérer de plus haut leur passé et leur avenir, de comprendre le sens caché et ultime de leur existence présente, on peut dire que le réveil d'un sentiment religieux émerge à nouveau.

Enfin, dans un monde complexe et si pluriel dont les divergences peuvent si rapidement devenir conflits et guerres, ne ressent-on pas comme urgente et salutaire la nécessité de reconnaître entre tous les humains des liens d'unité et de commune nature ? Or n'est-ce pas une des premières missions des religions que d'en montrer et d'en soutenir la réalisation ?