Les prêtres chargés de paroisses et leurs associés laïcs se plaignent parfois d'être pris à plein temps par ce que l'on appelle la pastorale ordinaire et de n'avoir plus la possibilité d'en sortir pour aller rencontrer des personnes ou des groupes "éloignés". L'accueil, l'écoute et l'accompagnement ponctuels de demandeurs de sacrements mobilisent leur attention et absorbent leur énergie. Et pourtant ils entendent par eux-mêmes les appels du large où l'Eglise est absente, car ils ont l'âme missionnaire et voudraient répondre aux invitations réitérées du pape François de sortir avec leur communauté pour aller aux "périphéries". La question est donc, pour nos paroisses et leurs acteurs, de trouver des moyens "ordinaires" de "sortir" au nom de l'Evangile. En réalité, la pastorale en paroisse offre de nombreuses occasions de sortir de sa position habituelle pour se faire proche. Que l'on me permette de prendre quelques exemples.

Lorsque les gens viennent demander un sacrement, n'est-ce pas d'abord aux gens de la paroisse de prendre en compte les conditions et situations dans lesquelles se trouvent les demandeurs, plutôt que de dresser devant eux sur le champ la liste des obligations qu'ils devront remplir pour obtenir satisfaction ? Il ne s'agit pas d'écarter toutes les normes, mais de se comporter à la manière de Jésus, devant par exemple la loi du sabbat. Lorsqu'on est amené à expliquer et informer, à enseigner, est-il possible de greffer ce que l'on veut transmettre sur les besoins, les aspirations et les désirs humains que l'on aura pris le temps d'écouter ?

La vie paroissiale avec ses multiples propositions auxquelles répondent toujours les personnes de tout âge et de tout milieu demeure un carrefour de rencontres de personnes dont la présence et l'adhésion à l'Eglise sont très variables. Ne revient-il pas aux membres croyants de sortir de leur culture religieuse, de leurs pratiques religieuses rodées, de leurs cercles de connaissances, pour se prédisposer à accueillir et recueillir l'histoire d'une personne, d'un couple, d'une famille, d'un groupe où l'Eglise est appelée à inter-venir ? En résumé, le pape François n'invite-t-il pas souvent les acteurs et actrices de l'Eglise à "sortir" de leurs schémas de pensée et d'expression parfois hermétiques pour nombre de nos contemporains ?

La prudence pastorale recommande de montrer que tout dans la foi chrétienne n'a pas la même hauteur ou profondeur, ni la même urgence. Des fiancés dont l'amour fait ses preuves ne savent pas forcément faire le lien avec Dieu d'Amour qui pourtant en est la source. C'est une des tâches de l'accompagnant de le leur donner à reconnaître, en cours de route, comme Jésus l'avait fait sur le chemin d'Emmaüs.

Enfin je voudrais dire que la pastorale paroissiale qualifiée parfois d'ordinaire a besoin d'innovation et d'adaptation. Pour être fidèle au message de Jésus, il ne faut pas seulement recopier et prolonger le passé. La Tradition, c'est s'assurer que la vitalité et la puissance de l'Evangile gardent toute leur pertinence, pour autant que les temps et les circonstances, les façons et les témoins pour l'annoncer et le proposer ont à l'évidence évolué. Constatant ces difficultés que rencontrent les communautés chrétiennes existantes à instaurer des chemins missionnaires nouveaux, certains diocèses en viennent à désigner certains prêtres ou diacres pour qu'ils se consacrent exclusivement à des milieux de la périphérie.

Les mouvements d'action catholique ont longtemps assumé cette mission des baptisés en pleine vie du Monde. Du fait de leur diminution et de leur moindre implication, l'Eglise ressent un déficit que ne manque jamais de souligner le Pape comme une priorité très actuelle, relevant de la nature même de l'Eglise et de sa vocation première.