Dans un milieu rural qui a vu partir l'école, le boulanger, le menuisier, l'épicier… le curé…, qui voit le conseil municipal et le maire quelque peu dépossédés de leur mission de décision au bénéfice de la communauté de communes, les habitants ressentent que les villages se dévitalisent au point d'en perdre leur identité et même leur âme ! Un prêtre ami m'a demandé de lui dire, à moi qui ai quelques années d'expérience pastorale de plus que lui, quelle pastorale était souhaitable dans ce rural profond aux communes minuscules et dispersées…

Faut-il à l'Eglise regrouper toutes ses activités sur quelques bourgs principaux et miser sur leur attraction naturelle, avec le risque d'exclure les personnes à mobilité réduite ? Certes il faut modifier le logiciel traditionnel et ne plus penser l'Eglise à partir de l'édifice que possède chaque village, mais davantage à partir de la communauté de membres résidant sur un territoire assez vaste. Ces gens désireux de venir célébrer religieusement les étapes de leur vie devront adhérer à l'idée de regroupement.

En même temps que l'on invite les gens à former des assemblées, à créer des liens entre eux, à assurer des services pour la vie de l'ensemble, on prendra soin de repérer ou de soutenir le ou les quelques croyants existant dans chaque village, que l'on appelle parfois des relais. Si possible on les rencontrera sur place et on regardera avec lui, avec elle, avec eux, l'histoire de leur commune, et on les fera parler sur ce qui s'y vit d'important. Ces "relais", correspondants bien insérés et en prise avec les autres, il faudra les réunir pour qu'ils forment ensemble un réseau. Le curé, pasteur, chargé de la cohérence et de la cohésion, les informera des propositions diverses de la vie ecclésiale, mais il leur donnera surtout la parole sur la vie, les joies, les peines, les espoirs, les projets de leur "port d'attache".

Ainsi, tout en visant à édifier des "communautés paroissiales" ayant tous les attributs et les capacités de célébration et d'évangélisation, on prendra soin aussi des petites cellules que les chrétiens forment dans chaque village. Ceux-ci d'ailleurs pourront ouvrir la porte de leur église dont souvent les habitants sont fiers : pour y prier le chapelet, faire un chemin de croix, se rassembler pour la fête patronale, accueillir un concert, exposer des photos retraçant l'histoire de la commune, faire venir un conférencier, faire découvrir l'église à des enfants, ou tant d'autres initiatives possibles avec l'accord du curé, affectataire désigné de chacun des lieux de culte de ses paroisses.

La vie en campagne a poussé les ruraux à s'associer, se prêter du matériel, créer des cumas, des coopératives d'activités et de commercialisation des produits locaux. Tous les villages eux-mêmes sont reliés et associés en de nombreux domaines. Tenant compte de ces évolutions profondes et durables, l'Eglise accompagne ces mouvements en prenant soin que les petites entités rurales ne soient jamais négligées et absorbées, mais toujours associées. L'image du Corps du Christ qu'est l'Eglise formée de membres différents diffuse l'esprit qui doit inspirer nos pratiques pastorales dans le rural : élargir et approfondir sans jamais négliger toute expression de vie et de foi. Le lien entre tous sera le Christ et l'Evangile, vécu et témoigné dans l'actualité de chaque époque. La charité, incarnée, concrétisée dans les actes de solidarité, d'entraide, dans les initiatives fédératrices et collectives, dans les fêtes et les réunions, sera le bon vecteur pour annoncer l'Evangile !