A travers la fête des "Moissons", c'est en tout premier lieu la "terre" et le "terroir" que nous honorons. La terre nourricière qui donne tout d'elle-même depuis si longtemps et fait vivre tant de gens ! Elle mérite notre plus grand respect puisqu'elle est notre alliée. Nous la traitons avec soin pour ne pas la fatiguer et l'user. La terre nous a été confiée par héritage ou nous l'avons acquise, et nous devrons un jour la quitter et la transmettre pour que d'autres y gagnent les moyens de vivre et bénéficient à leur tour de ses prodigieux services.

La fête des Moissons, c'est prononcer ensemble un grand merci au Créateur de la Nature, de l'univers, du ciel et de la terre, c'est aussi contempler le labeur des femmes et des hommes, agriculteurs, éleveurs, vachers et bergers, laitiers, tous accoucheurs de vie qu'offre la Terre nourrice. Que de métiers à énumérer et honorer dans ces contrées rurales, herbagères et céréalières, animalières et laitières. Ces activités en rapport à la terre ont évolué vers plus de technicité et de rationalité. Des normes ressenties comme contraignantes et même superflues sont apparues. La rémunération tirée de la vente du lait et de la viande est souvent distancée par le coût excessif des nécessaires adaptations techniques et du matériel agricole, ainsi que du suivi sanitaire.

Des déboires rencontrés dans ces métiers de la terre ont ici ou là conduit des plus passionnés d'entre eux à mettre fin à leur vie "terrestre". Or, d'une façon plus ou moins lucide et consciente, les gens des champs et des pâtures intègrent l'idée que leur travail dépend de l'avenir de la planète, de la variation des saisons et de l'évolution des climats, de l'état général et global de la Nature. Le pape François a écrit une encyclique lumineuse sur ce sujet, qui s'intitule "Laudato Si". Il nous invite à considérer notre planète comme une "maison commune" peuplée non seulement d'humains, mais aussi de végétaux, d'animaux, de terres et de mers, de continents et de nations distincts et séparés, mais, à l'inverse, reliés et interdépendants. Aussi nos choix, nos actes, nos pratiques professionnelles doivent-ils prendre en compte les incidences et conséquences que nos comportements personnels et collectifs induisent. Tous libres, mais aussi tous prêts à assumer nos responsabilités pour ne pas insulter le passé dont nous sommes les héritiers, ni le présent dont nous sommes les gérants, ni l'avenir des générations futures qui assureront la relève.

L'aventure humaine est magnifique, elle peut traverser des périodes problématiques, voire dramatiques. A chacun il nous revient de prendre notre part pour chercher avec d'autres des solutions pour que ce que l'on qualifie peut-être trop facilement de "progrès" le soit vraiment, en particulier pour que l'Humain et les possibilités de l'être réellement soient envisageables et réalisables par tous. Il faudra toujours, pour qu'une société, en particulier rurale, soit viable et vivable, des laboureurs, des semeurs, des moissonneurs, des vachers, des bergers, mais aussi des soignants, des enseignants et tant d'autres professions de services compétents, ainsi que des croyants en Dieu pour rappeler que nous formons ensemble une même famille humaine, pour nous rappeler aussi que nos chemins, pour autant qu'ils soient différents, avancent dans le même sens et aboutissent au même lieu qu'est la vie en Dieu. Car, nous le savons, "l'homme ne vit pas seulement de pain", mais de la vie de Dieu, non seulement dans le temps mais un jour dans l'Eternité…