Les philosophes et les penseurs ont souvent décrit Dieu comme un être inatteignable, impassible, avec qui il ne faut jamais bouger ni changer. Du coup, Dieu ainsi imaginé invitait les croyants en lui à une religion de l'immobilisme, de la conservation, de la tradition. Or il m'apparaît que Jésus, par ses paroles, ses actes, ses attitudes, nous révèle que Dieu n'est pas figé ni intangible. Dieu est là et en même temps en route, ici et ailleurs. Invisible en lui-même, mais perceptible en sa présence active.

Avec Jésus, la foi devient levain qui fait lever la pâte, lumière qui dévoile la réalité, sel qui transforme les aliments en rehaussant leur goût. La religion chrétienne, à l'encontre des accusations de traditionalisme et de fondamentalisme dont elle est parfois l'objet, se nourrit d'itinérance, d'ouverture, d'évolution, de progression, d'approfondissement, de renouvellement. Chaque fois que les chrétiens ont voulu assurer une position établie et refusé d'être interpellés et de se convertir afin de progresser, alors ils ont affadi le Message évangélique ! Car la foi chrétienne dilate, élargit, élève, envoie, relève et remet debout et en route !

Quand on ne perçoit plus cette mobilisation, ce besoin d'aller, cette nécessité d'avancer, d'évoluer, d'oser, alors le réflexe des croyants est de se taire, de garder pour eux, de se défendre, de craindre les moqueries ou les questions embarrassantes. Notre certitude permanente de croyant est de ne pas "savoir" totalement et d'avoir toujours à chercher. Il nous faut aller de l'avant, car par la foi nous sommes "aimantés" par la vérité divine. Croire, ce n'est pas saisir ni détenir. Ce n'est pas devenir propriétaire de Dieu ni prétendre être parvenus ! Il est parfois des communautés chrétiennes qui, se sentant vieillir et rétrécir en nombre de leurs membres, ont tendance à se recroqueviller. Elles peuvent être tentées de verrouiller les portes du lieu qu'elles occupent au point que les gens tentés "d'entrer" et de s'asseoir parmi les pratiquants pour voir et entendre se ressentent quelque peu comme des "étrangers" qui dérangent !...

C'est à ces moments-là que l'on devrait pourtant se souvenir que tout vivant commence toujours par être petit, minuscule comme un grain de sénevé. Cessons de penser que quelqu'un a raison parce qu'il s'impose, qu'un groupe détient la vérité parce qu'il réunit beaucoup de monde. Gardons notre liberté et exerçons notre esprit critique face aux idées qui paraissent aller de soi et s'imposer à tous, se transformer en pensée unique, uniforme. Dans les évangiles, Jésus ne semble jamais impressionné par les autorités politiques ou religieuses. Il réagit, il s'interroge, il interpelle, il invite à aller plus loin… ses interlocuteurs souvent tentés de poursuivre comme ils ont toujours fait, pensé et toujours été…

L'histoire de l'Eglise, comme celle de tous les prophètes, les sages et les saints qui en ont été les acteurs, montre de façon claire que la foi est mouvement, transformation, transfiguration et transplantation, ailleurs et autrement. Si des paroisses s'assoupissent et des mouvements s'essoufflent, si les témoins sont moins nombreux et plus craintifs à oser "parler", cela ne signifie pas que la foi soit oubliée, mais peut-être que le sel qu'elle est est plus dilué. Car la foi, l'espérance et la charité, dons de Dieu offerts aux hommes, sont peut-être plus que jamais "mêlés" et à la "source" dynamique de notre devenir humain personnel et collectif. N'appelle-t-on pas cette évolution une civilisation par imprégnation ?