Il est pénible pour tous d'évoluer dans un climat conflictuel dans lequel les différences de personnalités et de convictions deviennent des antagonismes permanents. Autant l'on peut comprendre et admettre ce qu'ont pour conséquences les différences naturelles et culturelles entre les personnes, les groupes, en leur diversité, autant il est regrettable d'en fabriquer des divergences et des oppositions que l'on ne s'efforce pas toujours de surmonter, mais qu'au contraire on est parfois tenté d'exacerber jusqu'à s'installer dans une opposition durable.

Je pense aux mésententes qui surgissent et prospèrent dans la vie conjugale et familiale, dans les quartiers et les villages, sur les terrains de sport et dans les réseaux des clubs, des associations, des coopératives… Ce qui manque la plupart du temps pour que s'apaisent les antagonismes, c'est la volonté de chercher des espaces d'entente. Ce qui ne peut naître que d'une écoute attentive et bienveillante, d'une expression claire des points de vue ou des attitudes qui distinguent et séparent. Les préjugés font aussi le lit des discordes, s'en débarrasser vraiment est une condition de la réussite des entretiens, d'une meilleure compréhension et même des pardons, des réconciliations.

Bien sûr, parler avec sincérité n'a de chance de rapprocher les postures que si à la fois chaque interlocuteur se sent respecté et en même temps désire intérieurement retrouver une forme d'accord avec ses concurrents, adversaires, dont il veut à tout prix éviter de se faire des ennemis ! Toutes les sources de conflits ne sont pas de même nature. Aussi leur trouver une solution empruntera des chemins divers. En effet s'il s'agit d'un contentieux financier, il faudra passer par la reconnaissance objective des faits, s'ajuster aux droits et rembourser les dûs. S'il s'agit de blessures dans l'ordre de relations affectives, de manque de respect et d'égards, de gestes malencontreux, de paroles acerbes, de ressentis et de douloureuses frustrations à l'étape de l'enfance ou de l'adolescence, alors un trousseau chargé de clés ne sera pas de trop pour rouvrir des portes fermées et créer des passerelles, abolir des frontières, éponger des griefs et des rancœurs tenaces, adoucir de rugueuses relations.

J'ai l'impression que plus on avance en âge, moins on supporte ces conflits qui nous rendent témoins de violence, de haine, de vengeance, de rivalités, de guerres souterraines ou déclarées. La méchanceté, la mauvaise foi, le rejet de l'autre, la dérision, la rumeur, la calomnie, le mensonge, que de flèches diverses dans le carquois que chacun détient, mais dont la finalité est de blesser l'esprit, la dignité, le cœur, de la personne ou du groupe social que l'on renonce à connaître ou à comprendre et que l'on décide de blesser et de faire souffrir.

Les gens de bien, sereins et pacifiques, qui ont pour ambition de rassembler et refusent de diviser en mettant de l'huile sur le feu des divergences, s'appliquent à provoquer des rencontres et une meilleure découverte des "autres", afin que comprenant et admettant leurs différences, l'air dominant insufflé dans la société ne soit plus la méfiance et le rejet, mais au contraire le réflexe de s'informer en vérité et le désir de s'enrichir mutuellement et de se découvrir pétris de la même humanité !

Je sais qu'il existe, heureusement, des luttes justes. Celles-là ne détruisent pas, elles visent à promouvoir les droits légitimes, à commencer par la liberté, la dignité, le vivre ensemble possible. Il est des révoltes, des soulèvements, des réclamations salutaires qui ne conquièrent leurs justes droits que par la fermeté et la clarté des revendications. Il est des conflits positifs et féconds !