Cette foule qui acclame Jésus de Nazareth à l'entrée de Jérusalem n'en peut plus de subir l'occupation étrangère qu'impose Rome à la Palestine. Elle rêve que Jésus chasse l'occupant et devienne Roi. Jésus a démontré devant tous par la force et le courage de ses paroles, les bienfaits de ses actes, qu'il a assez de puissance pour déloger les Romains et diriger le pays. Le peuple hébreu voit en Jésus un libérateur comme l'a été Moïse à un moment de son histoire.

Or si Jésus est venu effectivement sauver, ce n'est pas dans un rapport de force des armes ni de menace ni de contrainte. Du Royaume que Jésus est venu proposer et qui concerne toute l'humanité, et pas seulement le peuple hébreu dans lequel il a vécu, on devient membre par la foi en Lui par un choix libre, responsable, volontaire. Ce Royaume inauguré par Jésus est universel et non réservé à quelques bénéficiaires prédestinés. On sent ce jour-là un immense décalage entre le rêve collectif qu'exprime cette foule et la feuille de route que la mission de Jésus doit mener jusqu'au bout de sa vie. D'ailleurs cette foule qui acclame Jésus sera celle qui réclamera sa mort à Ponce Pilate lorsque celui-ci demandera, lui le juge, qui, de Barabas, condamné de droit commun, ou de Jésus, en qui il n'a trouvé aucun motif de condamnation, il doit envoyer à la mort. Cette foule est conditionnée dans un phénomène de masse qui ne laisse personne discerner, entendre et comprendre, prendre de la distance intérieure.

Ne retrouve-t-on pas ces dérives et ces pièges aujourd'hui dans les rumeurs, la pensée unique et uniforme formatée par les mêmes meneurs d'opinion, les convictions préemballées qu'il suffit de sortir et décongeler au moment de les consommer ? Je pense à tous les sondages d'opinion dont on fait trop le socle de la vérité qu'il faut croire et prendre, sans recours à notre esprit critique, pour argent comptant !

En réalité Jésus révolutionne la nature et le contenu, la façon d'envisager le pouvoir et la puissance. A quelques heures de sa mort, Jésus se lèvera de table où il prend son dernier repas au milieu de ses proches et il leur lavera les pieds pour contracter par ce signe ce qu'il est venu révéler en ses 33 ans de vie. Son pouvoir consiste à servir, aimer, donner sa vie, et il achève ce geste étonnant pour Pierre en disant à ceux qui en ont été bénéficiaires d'en faire autant à sa suite. Les apôtres suivront ce chemin de Jésus. Ils ne rêveront pas d'un pouvoir politique. Ils n'appelleront qu'à se convertir au message de liberté et de responsabilité, de vérité et de justice, d'amour diffusé en paroles et en actes par le Christ.

Ce programme et cette façon de l'accomplir, ce sont ceux qu'ont en charge l'Eglise et les chrétiens. L'Eglise ne prétend pas imposer ni dominer, mais appeler, interpeller, proposer, quitte à prendre position à contrecourant des pensées dominantes. Elle s'efforce de diffuser des postures et des comportements alternatifs. Je pense par exemple aux débats actuels sur les lois de bioéthique dans lesquels l'Eglise a sa réflexion propre à la lumière de sa conception de la personne humaine et des relations sociales. Bien sûr elle ne prétend pas imposer son point de vue à tous, dans une démocratie, mais elle attend qu'il soit entendu, respecté. Et quand l'Eglise s'exprime, c'est après une profonde réflexion et dans un esprit de service, de tous.