Alors que j'avais recommandé à la messe des Rameaux les quatre victimes de la tuerie de Carcassonne fomentée par un terroriste se réclamant de Daesh, une participante m'a envoyé le mail suivant : "Ce gendarme jeune, beau, rayonnant, est un converti qui affirmait sa Foi. Il est pour moi une lampe que nous pouvons brandir fièrement car elle va témoigner de notre Seigneur"… "Je remercie Arnaud qui est allé au bout de sa foi... Je prie pour sa future femme, ses amis et ses collègues."

Et elle me joint ces deux témoignages sur Arnaud :

Celui du Père Dominique Arz, aumônier national de la Gendarmerie, qui réagit à la mort du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, tué le 23 mars dans l’attaque terroriste contre un supermarché près de Carcassonne, après s’être volontairement échangé contre une otage.

"Il se trouve que le lieutenant-colonel était un catholique pratiquant. Le fait est qu’il ne cachait pas sa foi, et qu’il en rayonnait, il en témoignait. On peut dire que son acte d’offrande est en cohérence avec ce en quoi il croyait. Il est allé jusqu’au bout de son service pour la patrie et jusqu’au bout de son témoignage de foi. Croire, ce n’est pas seulement adhérer à une doctrine. C’est d’abord aimer Deu et son prochain, et témoigner de sa foi concrètement dans la vie de tous les jours. Dans les circonstances heureuses ou malheureuses, voire dramatiques de notre vie. La femme à qui il a offert de prendre sa place pour la sauver a pris un visage d’humanité particulier. Arnaud Beltrame s’est fait tout à coup proche d’elle pour prendre sa place. La personne anonyme qui, tout à coup, devient proche, c’est ça que l’on appelle le témoignage de la foi.

Un gendarme me disait ce matin « nous sommes tristes mais fiers aussi ». Cette fierté, c’est la reconnaissance de ceux qui exposent leur vie au service de la sécurité et de la paix au profit de leurs concitoyens. On peut attendre de l'hommage national qui lui sera rendu un mouvement de communion et d’unité. Notre communauté nationale est certes choquée et peinée, mais elle peut aussi être fière que certains de ses membres accomplissent de tels actes."

 

Un officier chrétien héroïque qui a donné sa vie pour en sauver d'autres…

Témoignage du Père Jean-Baptiste, chanoine de l’abbaye de Lagrasse (Aude), le jour de la mort d'Arnaud, le 24 mars 2018.

"C'est au hasard d'une rencontre lors d'une visite de notre abbaye, Monument Historique, que je fais connaissance avec le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame et Marielle, avec laquelle il vient de se marier civilement le 27 août 2016. Nous sympathisons très vite et ils m'ont demandé de les préparer au mariage religieux, que je devais célébrer près de Vannes le 9 juin prochain. Nous avons donc passé de nombreuses heures à travailler les fondamentaux de la vie conjugale depuis près de 2 ans. Je venais de bénir leur maison le 16 décembre et nous finalisions leur dossier canonique de mariage. La très belle déclaration d'intention d'Arnaud m'est parvenue 4 jours avant sa mort héroïque. Ce jeune couple venait régulièrement à l'abbaye participer aux messes, offices et aux enseignements, en particulier à un groupe de foyers, ND de Cana. Ils faisaient partie de l'équipe de Narbonne. Ils sont venus encore dimanche dernier.

Intelligent, sportif, volubile et entraînant, Arnaud parlait volontiers de sa conversion. Né dans une famille peu pratiquante, il a vécu une authentique conversion vers 2008, à près de 33 ans. Il reçoit la première communion et la confirmation après 2 ans de catéchuménat, en 2010.

Après un pèlerinage à Sainte-Anne-d'Auray en 2015, où il demande à la Vierge Marie de rencontrer la femme de sa vie, il se lie avec Marielle, dont la foi est profonde et discrète. Les fiançailles sont célébrées à l'abbaye bretonne de Timadeuc à Pâques 2016.

Passionné par la gendarmerie, il nourrit depuis toujours une passion pour la France, sa grandeur, son histoire, ses racines chrétiennes qu'il a redécouvertes avec sa conversion. En se livrant à la place d'otages, il est probablement animé avec passion de son héroïsme d'officier, car pour lui, être gendarme voulait dire protéger. Mais il sait le risque inouï qu'il prend. Il sait aussi la promesse de mariage religieux qu'il a fait à Marielle qui est déjà civilement son épouse et qu'il aime tendrement, j'en suis témoin. Alors ? Avait-il le droit de prendre un tel risque ? Il me semble que seule sa foi peut expliquer la folie de ce sacrifice qui fait aujourd'hui l'admiration de tous. Il savait comme nous l'a dit Jésus, qu' « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15, 13). Il savait que, si sa vie commençait d'appartenir à Marielle, elle était aussi à Dieu, à la France, à ses frères en danger de mort. Je crois que seule une foi chrétienne animée par la charité pouvait lui demander ce sacrifice surhumain.

J'ai pu le rejoindre à l'hôpital de Carcassonne vers 21 h hier soir. Les gendarmes et les médecins ou infirmières m'ont ouvert le chemin avec une délicatesse remarquable. Il était vivant mais inconscient. J'ai pu lui donner le sacrement des malades et la bénédiction apostolique à l'article de la mort. Marielle alternait ces belles formules liturgiques. Nous étions le vendredi de la Passion, juste avant l'ouverture de la Semaine Sainte. Je venais de prier l'office de none et le chemin de croix à son intention. Je demande au personnel soignant s'il peut avoir une médaille mariale, celle de la rue du Bac de Paris, près de lui. Compréhensive et professionnelle, une infirmière la fixe à son épaule. Je n'ai pas pu le marier comme l'a dit maladroitement un article, car il était inconscient.

Arnaud n'aura jamais d'enfants charnels. Mais son héroïsme saisissant va susciter, je le crois, de nombreux imitateurs, prêts à au don d'eux-mêmes pour la France et sa joie chrétienne."