Après l'attentat terroriste de Carcassonne, une fois de plus la "classe politique" s'interroge sur les manières d'empêcher le processus de radicalisation islamique susceptible de contaminer un grand nombre de nos concitoyens fichés ou à tout le moins repérés. Alors rêvons-nous de procéder avec les musulmans comme en Egypte où les chrétiens sont incités en permanence à partir et émigrer sous la pression de menaces ou d'assassinats terroristes ravageurs ? Politique bien connue de la terre brûlée qui consiste à éliminer les "infidèles" pour éviter aux religions de se côtoyer ! Le pluralisme et la mixité religieux sont alors déclarés comme impossibles ou même détestables. Ou allons-nous renforcer les modalités d'application de la laïcité en exigeant encore plus de neutralité dans les espaces communs et en reléguant à la sphère strictement privée toute expression religieuse ? Alors soupçonnées d'être à l'origine des divisions et des guerres, les religions seraient reléguées dans les cachots de la société !

Mais est-ce parce qu'on aura gommé les signes extérieurs – vêtements, prises de parole écrites et orales – du nom de Dieu lui-même que la laïcité sera effective . La laïcité originelle n'a-t-elle pas pour mission première de faciliter une cohabitation pacifique et démocratique entre courants philosophiques et religieux différents ? La laïcité n'assure-t-elle pas le droit de penser et de croire, ou d'être indifférent ou incroyant ? Avant d'être restrictive et punitive, la laïcité n'est-elle pas d'abord inclusive et promotrice de liberté, de respect mutuel et de bienveillance ?

Malheureusement la laïcité "à la française" peut connaître des excès avec certains citoyens qui, se voulant plus zélés que d'autres, s'attribuent le devoir de la défendre en débordant son contenu ! En réalité, ils la dévoient de ses objectifs initiaux définis par la loi. Autant je suis plus que favorable à une laïcité authentique qui permet à tous de penser et d'adhérer à des croyances diverses et de les afficher, autant je suis convaincu que nous avons depuis longtemps un gros problème avec le droit et le devoir de les transmettre explicitement. Je pense que la laïcité qui interdit de parler de transcendance, du sens de l'existence et de sa fin, du besoin religieux et spirituel présent dans l'humain, cette laïcité est réductrice car elle dresse une liste de sujets tabous qu'il ne faut pas aborder, sous peine de réprimande !

Et je pense très clairement qu'une société qui ne propose ni ne transmet plus assez clairement s'expose. Oui ! Je pense que les lieux de transmission et d'éducation, tels en premier l'école, les collèges, les lycées, les universités, mais aussi les terrains de sports collectifs, les conservatoires de musique, les maisons de la culture, doivent être des espaces et des temps, certes non de matraquage et de propagande, mais de réponses objectives et honnêtes aux interrogations et parfois aux angoisses existentielles des jeunes. Il ne devrait pas y avoir de questions refusées d'avance lorsqu'elles sortent de la bouche et de la conscience de jeunes. Bien sûr cela exige de la part des adultes interpellés un tact et une honnêteté exercés et adaptés. Je regrette donc que nombre de jeunes restent sur leur faim face à leurs questions sans réponse et se réfugient alors dans des idéologies ou paradis illusoires et néfastes, puisqu'en eux s'est creusé un vide abyssal prêt à être comblé par des idées radicales des plus dangereuses ! Ce piège-là ne guette pas les plus soutenus par leur entourage familial, mais les plus vulnérables, ballotés par le parcours chamboulé de leur vie sociale, familiale, scolaire, professionnelle et citoyenne.

Aussi supprimons les bavardages et conflits inutiles et osons remettre en cause nos positions habituelles et pas forcément fécondes ! La "laïcité" nous offre une chance inouïe de liberté, d'égalité et de fraternité !