Etymologiquement la "miséricorde" signifie "l'amour du cœur pour la misère", car quelle que soit sa forme, la misère blesse l'homme. Elle peut être physique, morale, mentale, spirituelle, économique… Pour saint Thomas d'Aquin, la miséricorde est à la racine de tous les actes de Dieu. Miséricorde et misère sont les deux termes qu'emploie saint Augustin pour raconter la rencontre de Jésus avec la femme adultère. Pour le pape François, c'est une expression belle et juste pour entrer dans le mystère de l'amour de Dieu quand il vient à la rencontre du pécheur : "Il ne resta que la misérable pécheresse en face de la bonté miséricordieuse…"

Peu de temps après son accession au pontificat, François décide d'une "année jubilaire de la miséricorde" considérée comme "le cœur battant de l'Evangile". Il emploie des mots très forts et concrets pour en parler : "La miséricorde sert à soigner, guérir, dans une Eglise qui doit être tout entière un hôpital de campagne". Dans son exhortation Amoris Laetitia, le Pape emploie 36 fois le terme de miséricorde, et en réalité ce qu'elle génère inspire tous les propos tenus dans ce texte.

La miséricorde est d'abord un encouragement à vivre la beauté du mariage chrétien. Vient ensuite une invitation à vivre la miséricorde pour les personnes en situation difficile. Plusieurs mots-clés sont associés par François à la miséricorde. La vérité – ce mot revient 20 fois – est nécessaire : pour faire la vérité on a besoin de miséricorde, et pour cela on a besoin de temps. Le Pape évoque aussi la patience (paragraphe 91), car une démarche d'accompagnement sur un chemin de croissance, de conversion, est caractéristique de la miséricorde divine et de l'Eglise. François parle aussi d'intégration, à l'image du berger qui va chercher à rassembler toutes les brebis.

Amoris Laetitia lance une invitation à la miséricorde et au discernement pastoral. Cette invitation bouscule une vision plus simple, basée sur le permis/défendu qui prête moins à confusion, reconnaît le Père Thomasset (théologien jésuite). "Si l'on en reste à la justice du droit, cela ne suffit pas. Nous avons tous besoin d'une conversion qui permet d'entrer dans une vision qui ne soit pas simplement juridique, mais qui prenne en compte la vie réelle et les situations particulières des personnes"… "Dans la pastorale, nous avons à développer l'écoute et, après avoir discerné, à offrir des chemins possibles, des ouvertures"… "Cela est exigeant et demande du temps, de l'écoute, de la formation"…

Or tous les humains, tous les chrétiens, ont vocation à conformer leur vie à Dieu dont la nature même est la miséricorde. Aussi la notion de miséricorde doit être intégrée par toute la communauté, pas seulement par ses pasteurs. Elle doit être replacée dans la pédagogie divine, souligne le Père Thomasset. La miséricorde divine pardonne, renouvelle, invite à "progresser". Comprendre que Dieu est le miséricordieux, qu'il prend chacun(e) avec tous ses conditionnements et qu'il veut nous faire avancer à partir du point où nous en sommes, permet d'éviter l'écueil d'une Eglise à deux niveaux : une Eglise de "purs" qui arrivent à être dans les clous et les autres qui restent à la traîne ou carrément dans le fossé du bord de la route, hors "normes", disqualifiés !