Ce rituel, situé après l'évocation de l'existence du défunt, le signe de la croix et celui de la lumière allumée au cierge pascal, ne doit jamais avoir une allure de jugement et de reproches au regard d'une vie qui a pu connaître, comme tout itinéraire humain, ses hauts et ses bas, ses faiblesses et ses écarts, ses erreurs, ses ratés, ses ombres, ses tiédeurs, ses déviations et ses omissions…

En effet, même si certains proches sont très lucides des limites de leur défunt, jamais l'Eglise ne les poussera à les juger. On pourra même dire tout haut que Dieu est seul habilité à discerner dans la vie du défunt ce qu'il a fait de bien, de beau, de bon, de juste, et que c'est là une mission que nul n'a reçu. Tout au plus peut-on implorer Dieu d'activer ce qu'il est non seulement vis-à-vis du défunt, mais aussi de toutes les personnes assistant à ses obsèques, c'est-à-dire plein d'amour miséricordieux, à l'image du Père de l'enfant prodigue qui prend dans ses bras son fils "parti et désormais rentré à la maison". Ce Père lui-même ne prononce aucun reproche, aucune condamnation, il ouvre sa porte, sa maison, à ce fils qui avait mis tant de distance avec les gens de son milieu d'origine. Son frère aîné s'en offusque et il le dit.

Le rite pénitentiel n'est pas le lieu pour régler des comptes et faire payer la facture à un être que Dieu accueille. Par contre, omettre de parler de ces parts sombres de nos vies et par exemple ne dire que le bien accompli, comme s'il provenait des seuls choix et engagements du défunt, ce serait un risque pris de trahir la vérité d'une vie humaine jamais parfaite, toujours limitée et vulnérable, fragile, influençable, soumise aux tentations, conditionnée par les séductions et les attirances de son lieu de vie et de son temps, aux enfumages respirés. Il ne s'agit donc ni de juger et accabler, ni de laisser penser que l'on ignore, pire que l'on pardonne nous-mêmes les "péchés" et les erreurs d'une vie. Seul Dieu et les personnes blessées et offensées peuvent prononcer des pardons qui font effet. Même rétroactivement, on peut adresser à un défunt, par-delà l'espace et le temps, le pardon que l'on n'a pas pris le temps de s'accorder mutuellement en le verbalisant. On peut demander à Dieu, à Marie, à Jésus, de le transmettre au destinataire.

Aussi, pour préparer ce rituel pénitentiel, l'équipe d'obsèques aura soin de recueillir tout ce que voudra bien accepter de confier la famille du défunt, en pleine lumière, sans rien cacher de sa vie, ses choix, ses actes, ses attitudes, en bien et en demi-teinte…, pour se réjouir et dire merci à Dieu, mais aussi pour réclamer la miséricorde et le pardon de Dieu. Avec le seul désir d'être vrai, loin de toute hypocrisie et démagogie. On aura soin de montrer qu'être embrayé, impliqué, assumer des responsabilités d'homme et de femme, parfois nous compromet, nous laisse insatisfait car, comme l'avoue saint Paul lui-même, "je n'arrive pas toujours à faire le bien que je voudrais faire et je fais le mal que je voudrais éviter"… Les paroles prononcées dans le Je confesse à Dieu peuvent constituer un chemin d'examen de conscience, de révision de vie : "Je reconnais devant mes frères que j'ai péché, en pensées, en paroles, par actions et par omission".

Cette démarche pénitentielle n'est recommandée qu'aux funérailles d'une personne dont la vie comporte assez d'années et pas pour un enfant par exemple. Comme toute célébration à l'Eglise témoigne de l'amour de Dieu pour nous et tous les humains ses enfants, faire une place explicite aux erreurs, au mal et aux blessures provoquées, volontaires, personnelles ou collectives, n'est-ce pas se donner aussi, en Eglise, de témoigner de la façon dont Jésus et les chrétiens ont un regard et un rapport particulier au mal et à l'usage déviant de la liberté… En effet, n'avons-nous pas avant tout à montrer que bénéficier du salut de Jésus n'est pas illusoire et qu'avoir foi en Dieu, dont la nature est d'être miséricordieux, remplit nos cœurs de confiance et d'espérance en la vie éternelle ?