… nous invite à proclamer chaque dimanche le Credo. Mais comment faut-il comprendre le mot "chair" ? Veut-il dire que l'on retrouve un jour notre corps physique dans lequel nous vivons aujourd'hui ?

En réalité, "la chair", ce n'est pas seulement le corps physique, c'est aussi toutes les relations que la personne entretient avec les autres dans le déroulement de sa vie ; grâce au corps, car celui-ci est la place que chacun occupe dans l'espace et le temps. La chair, c'est tout ce qui constitue la personnalité. Quand dans son discours sur le Pain de Vie Jésus déclare : "Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi je demeure en lui", le mot "chair" exprime tout "l'être" à Dieu et "l'être" au monde de Jésus : ses paroles, ses actes, son comportement, c'est toute cette chair de sa vie que Jésus nous invite à manger pour vivre de sa vie et nous prédisposer à ressusciter à sa suite !

Et le corps est le moyen d'exprimer l'identité singulière de chacun. Il est à la fois ce qui sépare, distingue, et ce qui relie, dans l'altérité. Quand survient la mort, le corps meurt au temps et à l'espace. Mais ressuscite à l'Eternité. Chacun est en effet transformé à l'image de la chrysalide qui devient papillon. La mort prend alors l'allure d'un desserrement et d'une libération des conditionnements dans lesquels se déroule notre existence terrestre.

La Résurrection de la chair dans la vie éternelle, ce n'est pas la plongée dans un grand Tout où toute personnalité disparaîtrait. L'Eternité n'est pas un lieu de disparition de la singularité et des différences, de confusion par absorption… La chair ressuscite, l'être personnel subsiste. La vie de ressuscité est une vie d'épanouissement et d'achèvement pléniers, une communion en Dieu d'êtres libérés des freins et des limites imposés par l'espace et le temps dans lesquels ils ont fait grandir leur vocation à la vie éternelle.

Affirmer le Christ ressuscité, c'est avancer l'idée que la mort corporelle n'est pas le terminus d'une vie sans issue, mais sa transformation et son accomplissement. Si le mot Fin s'affiche à la mort, il n'annonce pas un anéantissement mais une vie nouvelle. La mort fait franchir la frontière et sortir de la vie terrestre. Elle permet la naissance et l'entrée dans une vie sans limites, dite éternelle. "De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange de même vivra par moi… Celui qui mange ce Pain vivra éternellement."

Parce qu'il a fait ce passage entre le divin et l'humain par sa naissance au monde et par sa Pâque de l'humain mortel au divin immortel, Jésus devient le chemin de Dieu vers l'homme et de l'homme vers Dieu. Aussi, croire au Christ, c'est avec lui passer, par la mort, de la vie actuelle à la vie éternelle. Il est la clé de l'énigme de l'au-delà !

Ne disons pas trop vite que la Résurrection du Christ est incroyable, puisque cette idée dépasse la raison. Si les témoins n'ont pas apporté les preuves, sinon la transformation entière de leur personnalité et l'engagement total et jusqu'à la mort de leur vie, il est des signes qui ne trompent guère et conduisent sur la voie de la foi. Les Apôtres désemparés et dispersés à la mort du Christ deviennent des témoins confirmés et audacieux. Paul persécuteur devient le Missionnaire infatigable. La diffusion du Message génère l'adhésion et la conviction de gens différents.

Vingt siècles écoulés depuis la fondation du christianisme verront l'Eglise naviguer à travers les turbulences, les récifs, les balancements des courants adverses, les évolutions et les mutations des sociétés humaines. Le Christ vogue avec son église en répétant, comme il l'avait fait ce soir-là au milieu du lac de Tibériade qu'il traversait avec ses Apôtres : "N'ayez pas peur". Oui, le Christ est ressuscité et Il est bien vivant !