Les positions morales prises par l'Eglise et les chrétiens ne sont pas l'effet du hasard ni l'expression du plaisir de résister aux vagues déferlantes de l'opinion forgées par des courants de pensée puissants qui prétendent couler de source et répondre aux désirs et besoins humains, individualisés et particuliers. Quand les chrétiens sont invités à donner leur position, ils s'expriment à partir d'une conception universelle qu'ils ont de l'homme, de la femme, de la vie, son origine divine et sa destinée. Je vais essayer de résumer en quelques points d'appui prioritaires, c'est-à-dire non réductibles ni négociables, mais essentiels puisqu'inscrits dans la nature humaine elle-même.

Tout être humain nait d'une co-création d'un homme et d'une femme et de Dieu qui le dote d'une âme singulière, spécifique et marquée d'un caractère sacré, quel que soit l'endroit du monde où il vient à la vie et quelles que soient ses potentialités ou incapacités physiques ou intellectuelles détectables.

Le second paramètre est qu'un être humain est certes individualisé, mais qu'il naît et vit relié à des parents, une famille, au sein d'une société. Tout être humain a donc un besoin essentiel d'être en relation pour convenir à sa "nature", se développer et vivre.

Une troisième référence qui entre dans le discernement moral des chrétiens se trouve dans cette constatation que tout ce qui est envisageable scientifiquement et techniquement réalisable n'est pas forcément bon pour le devenir et le progrès réel de l'humanité. Une solution immédiate à un problème individuel ne peut être considérée comme une norme étendue à tous. Ce qui est déclaré légal ne lui attribue pas en soi son caractère moral.

Les "philosophes", les moralistes, les chrétiens se doivent de réfléchir aux conséquences prévisibles et probables des choix éthiques traduits en lois donnant à tous d'accéder à des conduites et des pratiques jusque là interdites. L'avortement, la satisfaction du droit à l'enfant sans présence paternelle effective, les mères porteuses, l'euthanasie active, ces possibilités données génèrent un questionnement et un discernement. Quels sont les droits de l'enfant à naître, être relié, bénéficier d'un environnement le plus complet possible, connaître son origine…

"Mon corps m'appartient, je suis en droit d'en disposer", est-ce là une revendication qui tient compte du fait que toute vie a des dimensions sociales ? Une maman a partie liée à son mari, ses enfants et réciproquement. Une personne âgée malade peut tellement souffrir qu'elle aspire à en finir avec son corps, mais ses proches partagent-ils son souhait de hâter sa disparition alors qu'elle représente pour eux des moments importants et heureux de leur existence ? Que penser aussi de la vente d'organes de la part de familles pauvres pour satisfaire à des besoins financiers ?

On l'aura compris, s'il faut faire évoluer le droit et les lois, il est nécessaire de le faire avec une grande intelligence et une vraie prudence. Il ne faudrait pas que l'humain, universel, soit ignoré et piétiné et que demain la société tout entière n'ait que ses larmes pour le regretter.