Notre pays, notre patrie, a toujours besoin de ces rassemblements pour se souvenir de ces événements qui ont marqué et forgé son histoire collective, qui l'ont blessée en ses enfants mais en même temps réunie en faisant de tous ses membres, de façons différentes et parfois opposées, un peuple fier et libre. Certes commémorer n'est pas une fin en soi. Ces devoirs de mémoire doivent en même temps tenir les consciences éveillées et nous rappeler à la vigilance, nous inviter à nous montrer actifs et mobilisés, pour que les grandes valeurs humanistes auxquelles nous tenons demeurent les fondations de notre civilisation commune : la liberté, les droits de l'homme, la dignité humaine, la justice, la paix. Nos cérémonies seront alors des démarches de souvenir et en même temps des actes qui engagent pour l'avenir.

Nous savons qu'il n'est pas de combat que celui des armes et que nous sommes tous conviés à prendre part aux combats de la vie, là où nos capacités et nos possibilités nous le demandent. Je pense à ces lieux privilégiés où s'édifie la société : la famille, l'école, la commune, la ville, les aires de loisirs et de culture. Nous sommes tous conviés à des comportements citoyens dans un esprit civique, tant à travers l'exercice normal de nos professions respectives que dans les services bénévoles que nous pouvons choisir d'accomplir. Et, chacun de nous le sait, l'Eglise et les chrétiens ajoutent à ces devoirs civiques les appels que Jésus adresse dans l'Evangile.

Toute commémoration offre un temps de cohésion et même de communion entre citoyen(ne)s aux positions et convictions diverses et différentes, et parfois même très divergentes. Or devant le souvenir commun de tel ou tel événement de l'histoire, on oublie ces griefs et ces fossés pour ne former ensemble qu'un pays uni dans l'hommage et la gratitude. Certes, certains reprochent parfois à cette tradition des "souvenirs" de préférer commémorer les événements du passé plutôt que de se confronter aux difficultés du présent et de tracer des chemins pour l'avenir. Un proverbe ne dit-il pas que pour envisager où l'on va, il faut d'abord savoir d'où l'on vient ?

Aussi commémorer sur les places emblématiques, dans les stades ou devant les monuments permet de garder souvenir d'événements marquants de l'histoire d'une nation ou d'un continent. Cela offre déjà d'en transmettre le souvenir aux jeunes générations. En faisant mémoire de batailles au cours desquelles des combattants ont sacrifié leur vie à leur Patrie, on leur rend hommage et on glorifie leur courage, leur ténacité, leur idéal de Paix et de Liberté. Un hommage rendu localement rejoint les grandes causes défendues sur le plan national. L'âme d'un Peuple se nourrit de la conjonction de ces refus de se soumettre et de se démettre, de l'engagement personnel et collectif de faire gagner les valeurs humanistes de justice, de dignité, de bien commun, de droits humains universels…

Commémorer, c'est aussi exprimer le souhait que de tels conflits ne retrouvent jamais ce terrain favorable qui a pu les faire surgir dans le déroulement de l'Histoire. Commémorer, ce n'est donc pas seulement regarder le passé, c'est peut-être surtout se sentir appelés comme citoyen(ne)s à ce que nos pensées, nos paroles et nos actes, nos comportements, contribuent chacun(e) pour notre part au maintien et même au progrès de la concorde, par la bienveillance, le respect et le dialogue, une connaissance et des échanges multilatéraux plus denses et plus approfondis !

Les commémorations, avec une minute de silence et parfois une cérémonie religieuse à l'église ou sur place, c'est aussi pour les croyants prier pour ces héros martyrs. C'est donc aussi l'occasion de prier pour les autorités politiques chargées en notre nom d'établir les bases du Bien commun dans lequel nul n'est lésé ni frustré selon l'idéal républicain inscrit en grosses lettres au fronton de ses bâtiments publics : "Liberté, Egalité, Fraternité".

Je pense aussi à tous les acteurs irremplaçables de toutes les transmissions : des savoirs, des valeurs humaines, des nourritures morales et spirituelles : les parents, la famille, les enseignants, les entraîneurs sportifs, les animateurs culturels… Comment les jeunes générations pourraient-elles sinon imaginer et édifier une société de Paix et de fraternité dans laquelle la violence, la peur, la rivalité, l'égoïsme, la domination font progressivement place aux relations apaisées, aux discussions, aux négociations et à la concertation, aux droits basiques de chaque citoyen grâce à un fonctionnement d'Etat foncièrement démocratique ? La société, toutes les sociétés humaines, ont besoin de diffuseurs et d'éducateurs qui mettent aussi en pratique ce qu'ils expriment en paroles. Pour bien remplir les cerveaux et entraîner les esprits à réfléchir, analyser, discerner, décider et traduire en actes et engagements ce qui est compris et admis, la société a besoin d'adultes compétents en connaissances et habiles en pédagogie, également dotés de qualités de patience, de confiance, de persévérance.

Dévoués, savants, sages et saints, cette armée, dans nos villages, nos villes, nos quartiers, nos écoles et nos familles, est attendue nombreuse. De notre réponse à cette convocation dépend aussi notre capacité à capter les messages de l'Histoire dont ces commémorations continuent à nous faire destinataires !