Nous aspirons tous à augmenter nos connaissances pour connaître plus et comprendre mieux. Nous pressentons qu'en élargissant et en approfondissant ce que nous savons trop peu, nous pouvons renforcer nos moyens et nos raisons de vivre. L'ignorance rend vulnérable face aux idées dominantes et devant les gens tentés de tout régenter, et les savoirs, à condition de les pratiquer comme des chemins par lesquels on progresse et non comme des buts en soi que l'on atteint et détient, ajoutent à la liberté que l'on recherche. Elargir le champ de nos connaissances en tout domaine honore et développe les facultés que tout être humain reçoit potentiellement à sa conception. C'est là le premier S du trépied "Savoir, Sagesse et Sainteté" sur lequel s'édifie une humanité.

 Le deuxième S, comme Sagesse, nous invite à demeurer maîtres de nos instincts, de nos réflexes, d'éventuelles réactions vives et emportées, en restant calmes, confiants et bienveillants vis-à-vis de soi et d'autrui. Il ne suffit pas d'être "savant", il faut tout autant être sage. Le sage ne parle pas sans réfléchir ni à tort et à travers. Quand il décide d'agir, il évalue les conséquences possibles et probables de ses actes. Il mesure ses propos et leurs implications, et ne s'aventure jamais dans un projet jailli sur un coup de tête ou un coup de cœur.

Il introduit les facteurs temps et celui de la réflexion qui permettent d'éprouver et d'approuver la solidité et le bénéfice, pour soi et souvent pour les autres, du projet envisagé. Chacun sait que toute initiative prise n'est jamais sans risque, et la sagesse consiste à évaluer si l'intérêt d'oser entreprendre soit pour résister soit pour aller de l'avant sera plus positif que dangereux. Dans une conversation qui fait émerger des points de vue divergents, le sage sait évaluer et exprimer les mots non pas qui suppriment les différences, mais qui amènent chaque interlocuteur à les accueillir avec respect et à garder le désir de chercher ensemble les convergences.

 Le troisième S du trépied est la Sainteté. Ne sommes-nous pas tous, citoyens et chrétiens, dans et par toute notre vie personnelle, sociale, familiale, parentale et professionnelle, invités à nous conduire selon l'Evangile du Christ, Chemin, Vérité et Vie ? Notre baptême nous convie à prendre Jésus pour modèle, à consulter son point de vue avant d'agir, à nous appuyer sur son expertise avant de parler et de nous engager. Certes Jésus ne souhaite pas se substituer à nous et nous déposséder de notre conscience pour discerner, de notre liberté pour choisir, de notre volonté, de notre faculté à être responsable. Avec notre accord, il est notre copilote, nous pouvons le consulter, il éclaire et soutient notre marche en avant. La sainteté est un des trois piliers de notre humanité chrétienne.

 On rencontre parfois des gens aux connaissances très développées, mais qui apparaissent prisonniers de ce qu'ils détiennent et incapables de s'ouvrir à une autre forme de vérité qu'objective et rationnelle ! Certains sages peuvent faire de l'objectif d'être seulement sage un piège et une contrainte qui les amputent d'audace et de créativité risquée ! D'autres peuvent sombrer dans la tentation de se protéger par une armure qui finit par les isoler et les retrancher de la vie en plein vent, celle qui accepte d'être vraiment dans le monde, dont ils n'adoptent pas l'esprit.

 Etre sage et saint n'écarte nullement des chemins de la connaissance critique et n'invite jamais à s'abstraire du réel. Le christianisme, bien au contraire, appelle à une vie incarnée et embrayée sur les réalités humaines d'une existence personnelle et collective située dans l'Histoire et un lieu désignés.