J'ai dépanné cette année, durant son pèlerinage marial qui dure la première semaine du mois de mai, la communauté chrétienne des gens du voyage liée à l'Eglise en Ardennes. Regroupés pour y vivre côte à côte durant ce temps fort sur le Parc des Expositions qu'ils louent, ils y installent une "chapelle de toile" où ils se rassemblent pour parler, échanger, recevoir des formations, préparer des sacrements - baptêmes, mariages, pardon -, ouvrir la Bible, l'expliquer, témoigner de la façon dont chaque frère et sœur essaye de vivre sa foi…

L'autre lieu où ils se rendent plusieurs fois durant ce temps de pèlerinage est Neuvizy, un petit village où il y a bien longtemps des enfants qui se rendaient au catéchisme au village voisin ont découvert un jour dans les branches d'un arbre une petite médaille représentant Marie. Ils l'ont reçue comme une invitation à faire édifier une église où les croyants se réuniraient pour la prier. Ainsi la petite communauté des gens du voyage aime fréquenter Neuvizy pour y célébrer la messe et les sacrements, prier et célébrer Marie, avec le soutien des chants rythmés et au contenu imprégné de Bible proposés par le mouvement charismatique de l'Emmanuel.

Jusqu'à ces jours où j'ai été sollicité pour venir célébrer l'Eucharistie et le sacrement du Pardon dans la "tente" dressée sur le Parc des Expositions, je n'avais guère côtoyé ces familles souvent sur la route, transportant leur habitation avec eux, ne craignant jamais de changer de lieu, ressentant parfois la méfiance et la suspicion des sédentaires que nous sommes. Elles m'ont immédiatement fort bien accueilli avec respect et déférence en m'appelant "rachaï". Je remercie ceux et celles qui ont souligné avant moi l'importance de chercher à connaître leur histoire, leurs codes, leurs traditions.

Ces "gens du voyage" sont attachés à la route, ils ressentent que s'installer pour se sédentariser serait tourner le dos aux découvertes, aux rencontres nouvelles que le fait de se tenir toujours prêt à partir offre comme chances. L'un d'entre eux m'a même dit qu'il faisait de sa situation un chemin spirituel. Car, me disait-il, être chrétien, ami du Christ, demande d'être en route, itinérant.

La communauté des gens du voyage se déplace physiquement, mais elle m'a paru aspirer aussi à "progresser". Il m'a été réclamé des enseignements, des réunions de formation qui soudent davantage les familles et celles-ci entre elles. J'ai été émerveillé de les voir prendre les moyens et le temps de "transmettre" des rudiments et des éléments de la foi chrétienne, comme une tâche prioritaire dévolue aux parents. Car comment suivre Jésus et devenir ami proche s'il demeure un inconnu ?

Ces messes recueillies, chantantes, accompagnées par trois jeunes guitaristes et un organiste, liturgiquement bien préparées, m'ont semblé en même temps "classiques", car il n'y a rien en leur déroulement qui s'éloigne des liturgies habituelles dans les communautés religieuses ou les paroisses. Peut-être que c'est la ferveur, la spontanéité et plus encore l'authenticité des participants qui font de cette assemblée de gens évidemment du même monde mais très différents de bien des façons une communauté unie, communiée en Jésus-Christ.