Les chrétiens qualifient d'« Amour parfait » Dieu auxquels ils croient et se réfèrent pour envisager leur vie, puisqu'ils ont la conviction que l'humain est créé à l'image du créateur, comme des enfants le sont à l'image de leurs parents. Il n'est donc pas étonnant que ce mot amour soit en permanence et en tout lieu de leur existence l'essentiel à ne pas rater !

De fait, à observer la mise en œuvre de ce bel idéal qu'est l'amour comme motif et moteur de développement abouti de l'humain, des risques nombreux existent à faire du désir d'aimer et d'être aimé un gâchis. Les exemples ne manquent pas d'amour qui prend et grapille et n'offre rien, de l'amour déguisé et falsifié, de celui qui génère les rivalités et les jalousies, la haine et les instincts de violence et de vengeance… L'amour n'est pas toujours préféré. Il est parfois écarté et remplacé par la menace, le passage en force, la pression morale, le chantage… Aussi un seul mot peut-il rendre compte de toutes ces occasions, tellement diverses de nature, de l'employer ?

Or Jésus fait de la loi de charité, c'est-à-dire "comme Dieu nous aime", celle qui coiffe toutes les lois, interdits et devoirs dont la liste est longue. En réalité, être chrétien c'est accomplir tout dans l'amour et par amour. Ainsi serons-nous unis et communiés à Dieu, Père, Fils et Esprit, communauté d'Amour et de Vie. En Dieu Trinité de personnes distinctes et différentes dans leur mission respective tout en étant de même nature, la communication et la relation unissent les trois personnes jusqu'à former ensemble Dieu Unique. Cette mystérieuse unité assimilée à une communauté de vie, de liberté, de vérité dans l'Amour devient comme le prototype que l'humain est appelé à devenir et selon lequel il a vocation à fonctionner en couple, en famille, en Eglise et dans tous les lieux où se déploient des sociétés et le vivre ensemble.

La vague d'individualisme actuelle qui donne la préférence au quant-à-soi et au chacun pour soi, au primat de ce que chacun décide par lui-même et pour lui-même, s'inscrit à l'évidence à l'encontre de la vision et du mode trinitaires que révèle Jésus en toute son existence. Au lieu de laisser s'atomiser et s'éparpiller la société en communautarismes, en ghettos sociaux, culturels et religieux, en clans et grumeaux juxtaposés mais s'ignorant, les croyants en Dieu révélé par Jésus voient en sa conception trinitaire un appel à avoir entre humains les rapports d'altérité et d'échange enrichissants qu'ont les trois personnes de la Trinité entre elles et qui les fait être chacune ce qu'elle est et ensemble Dieu vivant éternellement.

Je prétends qu'être vraiment disciple du Christ détermine notre conception des liens entre personnes. Par exemple, si ma vie m'est confiée en priorité, je concède à mes proches et aux autres des droits sur les façons dont je la gère. Une mère qui ne nourrit pas ses enfants et néglige leur santé et leur scolarité peut être interpellée au nom de la fraternité en humanité. Le droit à l'avortement et à l'euthanasie, à obtenir et élever des enfants en toutes conditions et circonstances, trouve ses limites dans le devoir de veille que toute socité exerce sur l'ensemble des membres qui en font partie. Les liens citoyens et civiques établissent des butées au laisser-penser et laisser-faire susceptibles de nuire à la fois aux personnes et à la société tout entière, et en premier lieu aux enfants et aux plus démunis…

Croire en Dieu solidaire que les relations d'Amour en lui-même et dans ses rapports à l'univers font exister constitue le logiciel univerel du devenir de l'Humanité.