Des prêtres, des enseignants, des éducateurs et animateurs qualifiés confient volontiers qu'aujourd'hui assumer sérieusement les responsabilités de leur mission s'avère très difficile et complexe ! Si un enseignant se voit dans l'obligation d'adresser des reproches et même de simples conseils à un élève, il n'est pas d'avance assuré que les parents de celui-ci le soutiendront. Parfois ces parents viendront le trouver pour lui exprimer leur désaccord et lui demander des comptes sur son attitude vis-à-vis de leur enfant…

Cette attitude de réaction vive chaque fois qu'une remarque est faite, une question posée qui ne visent pourtant qu'à faire réfléchir et faire grandir, on la retrouve dans les associations, dans l'Eglise. Une personne qui atteint l'âge de "passer la main" se sent froissée et désapprouvée si on lui donne le conseil d'assurer la survie bénéfique du service qu'elle accomplit si généreusement depuis de nombreuses années. Si un prêtre donne des homélies sans citer des exemples concrets puisés dans la vie, il plane dans les nuages. S'il s'exprime dans une langue simple et sensible, il n'est pas assez spirituel et on peut reprocher aux messages qu'il décline d'être trop terre à terre ! Si des adultes s'efforcent d'être à l'écoute des enfants et des jeunes, bienveillants et attentifs à leur culture, alors certains leur reprochent d'être démagogues. Quant aux autorités politiques, pourtant élues, elles sont souvent la cible de critiques qui déforment et caricaturent les choix et décisions qu'elles prennent au nom de la mission qui leur a été confiée.

Ce qui fait dire qu'à notre époque et dans notre société qualifiée d'évoluée, "on ne peut plus interpeller, proposer des changements ni personnels ni structurels" ; on n'accepte plus les remarques ni les reproches, ni même d'autres façons de voir et de penser en dehors de celle qu'on s'est forgé. Un climat d'hyper sensibilité imprègne beaucoup de monde et la tolérance n'est pas la qualité la plus exercée ! Chaque catégorie sociale et de pensée semble se blinder et les rapports entre groupes différents peuvent rapidement dégénérer en conflits d'intérêts et d'idées considérés comme définitifs…

Il existe donc des épidémies de microbes qui fragilisent et même endommagent les relations humaines. Les remèdes me semblent être en premier lieu une confiance en soi, dans les autres, même différents, et en l'Avenir qui inconsciemment peut faire peur car inconnu et pouvant donc apparaître comme menaçant. Un second remède est de réenraciner et insérer toute idée, conseil, projet, dans le réel, car ce que l'on appelle la "virtualité" peut conduire à l'illusion, au pur imaginaire, à des conduites éloignées de la réalité, à l'image d'une poulie dentée qui tourne dans le vide et donc épuise sa puissance sans rien entraîner ! En langage chrétien, il s'agit là de l'incarnation, cette invitation à ne jamais s'échapper de la vie réelle, dans laquelle se déroulent la vraie progression et le développement humain.

L'Eglise a déjà connu des périodes où les chrétiens étaient davantage insérés dans l'histoire des sociétés en étant impliqués et engagés dans les domaines culturels, artistiques, politiques, économiques, familiaux, associatifs et coopératifs, syndicaux… Aujourd'hui les chrétiens semblent parfois méfiants et à distance de ces lieux, et ils préfèrent se retirer dans leur for intérieur pour vivre plus secrètement leur foi, personnelle et intime. Sans doute y a-t-il eu des excès d'activisme de la part de "militants" catholiques… Mais ne doit-on pas aujourd'hui veiller à ce qu'il n'y ait pas ce même excès dans la distance choisie d'être témoin plutôt qu'impliqué et acteur dans la "mêlée" ? Il est vrai qu'en certains pays du monde l'engagement humain des chrétiens est clairement d'actualité.