C'est un beau signal de démocratie délibérative et participative qu'a donné le gouvernement de notre pays en permettant que se tiennent sur la durée et en plusieurs lieux une consultation sur les lois de bioéthique autour de la PMA, de la GPA et de l'euthanasie… Le bénéfice de ces assemblées de citoyens qualifiés comme tels et, pour beaucoup, en raison de leur expertise dans les domaines de la santé ou de la philosophie, de la morale et de la théologie, de leur réflexion humaniste, a été de leur permettre de vérifier le contenu et les fondements de leurs convictions en ayant dû les exposer et souvent les confronter à leurs opposants tout aussi convaincus et respectables qu'eux-mêmes.

Au fond, même si on peut apprécier l'apport de ces multiples débats décentralisés et à la portée du plus grand nombre, ils n'ont en général guère bougé les lignes. Chaque camp partisan a plutôt saisi ces occasions pour étayer davantage sur le fond et sur la forme les positions affirmées dès le début. Ce qui n'est déjà pas si mal, puisque cela clarifie les souhaits des uns et des autres en les formulant plus clairement. Cela a dû permettre à certains de nos députés et sénateurs des deux chambres de s'ouvrir à des problématiques et des argumentaires sur des sujets auxquels ils n'avaient jamais tellement réfléchi et sur lesquels ils auront à légiférer. Ils auront pour ainsi dire à donner à des opinions particulières la reconnaissance du droit et la force de la loi.

Ne faut-il pas redire, tandis que tous les protagonistes ont eu réellement la possibilité de faire connaître leurs points de vue pour la plupart d'entre eux divergents et non rapprochables, que le système démocratique qui régule notre pays doit prendre sur lui, parce que c'est son rôle et son intérêt, pour trancher dans le sens de l'ouverture et non de la restriction ? La démocratie ne doit-elle pas permettre la traduction en toute légalité de choix et de comportements jusque là interdits ? Ce qui n'oblige en rien ceux qui ont d'autres convictions à adopter pour eux ce que les lois autorisent d'autres à pratiquer car, on est bien d'accord, ce qui est déclaré conforme à la loi civile parce que voté à la majorité par les législateurs, n'obtient pas de ce fait son label de "moral" universel. Chacun reste libre face aux lois tout en acceptant que la règle d'une démocratie soit, non pas que l'avis d'une catégorie s'impose à tous, mais que les dimensions qu'offre ce système de vivre ensemble soient assez élargies pour que chaque courant puisse vivre conformément à ses convictions et aux lois civiles.

Ce que j'évoque dans ce billet n'est en rien un renoncement aux convictions que les chrétiens tirent de l'Evangile et de la conviction humaniste héritée de deux mille ans d'histoire de l'Eglise et des réflexions sur l'origine, le sens et la finalité des grands repères éthiques qu'ils en tirent. Quoi qu'il en soit de la législation adoptée concernant la bioéthique, les chrétiens continueront à témoigner de ce qu'ils croient en ces domaines et des raisons qui fondent leurs convictions…