La mission première d'un président de la République et celle d'un pape se différencient dans leur nature et dans les moyens de leur mise en œuvre. Le Président doit garantir les conditions d'un fonctionnement démocratique du pays qu'il gouverne et prendre les dispositions légales qui l'assurent. Le Pape se voit confier par les cardinaux réunis en conclave la charge de rappeler les principes évangéliques qui sont à la source de la foi personnelle et ecclésiale des chrétiens. Les moyens auxquels il recourt ne s'appuient que sur la conversion et l'adhésion par un choix libre.

Un président, doté de la force du droit et chargé du devoir de le faire appliquer, doit faire en sorte que légalement et civilement, dans le cadre d'une laïcité définie et comprise comme le respect de toute croyance religieuse ou séculière, les convictions les plus diverses et même divergentes puissent cohabiter dans un respect mutuel. Celui qui préside à la République parce qu'il a été élu par une majorité de citoyens doit donc veiller à ce que chaque membre de la communauté nationale puisse vivre selon ses conceptions et références auxquelles il adhère sur les plans culturel, éthique, intellectuel ou religieux, pourvu bien sûr que la Paix civile et le lien social conservent leur juste équilibre au milieu de postures de vie différentes générées par des options plurielles.

Un Pape, lui, n'a que la puissance de sa parole pour interpeller, appeler à réfléchir et discerner, ceux et celles qui ont des oreilles intérieures pour entendre et comprendre ce qu'il invite à conserver, changer et améliorer, à actualiser, car les messages du Pape ne s'adressent pas qu'aux chrétiens, mais, à travers eux, à tous les habitants de la Terre, à la différence d'un président d'une démocratie à la situation et à l'histoire singulières et particulières.

Ainsi, quand un Pape et un président de la République française se rencontrent et parlent en tête à tête, il ne faut pas s'attendre à une juxtaposition des points de vue, il faut surtout espérer qu'ils s'écoutent avec respect et s'encouragent à accomplir chacun dans son rôle la mission que le Président a reçu par les élections du Peuple qu'il dirige et que le Pape, lui, s'est vu confier par l'Eglise pour assurer la cohérence de celle-ci avec l'Evangile du Christ et la cohésion entre tous les chrétiens situés en tant de lieux du globe ! La bonne entente et le respect entre le Pape et le Président ne portent donc pas sur une confusion des idées de l'un et de l'autre. Il est pourtant une vérité adoptée par les deux, c'est d'avoir à accomplir, chacun selon sa mission, un service public qui contribue au développement personnel et collectif d'une nation, et, pour le Pape, un témoignage assuré contre vents et marées, parfois inverses, des principes vitaux sur lesquels reposent l'Humain et les progrès de l'Humanité, selon ce que nous en a révélé Jésus et ce qu'en a compris et vécu l'Eglise au cours de ses deux mille ans d'histoire.

Le Pape et le Président résident dans la même maison, ils ne voient pas toujours le monde depuis les mêmes fenêtres, mais ils ont tous deux soin des habitants au milieu desquels ils exercent leur responsabilité propre. Ils ont en commun de prendre part à l'édification d'une terre toujours plus solidaire et fraternelle dans laquelle chaque être humain peut tracer un chemin de vie "épanoui".