Je ne suis ni expert ni habitué des matches de football à la télévision, pourtant il m'arrive de temps à autre de regarder avec plaisir ces foules bigarrées et débordantes d'enthousiasme, dépouillées des soucis et des déboires de la vie quotidienne.

Tel fut le cas du match opposant la France à l'Argentine lors des 8èmes de finale du Mondial qui se déroule cette année 2018 en Russie. Cette compétition nous a tenu tout le temps en haleine, tellement le jeu était vif, réactif et imprévisible… Les joueurs des deux équipes adverses semblaient en pleine forme physique, mais aussi mentale. Leur jeu était collectif. Aucun signe d'individualisme n'est venu perturber cette belle entente à l'évidence fort travaillée en amont et depuis longtemps.

Outre cette dimension solidaire, ce qui m'a frappé aussi a été l'intelligence du jeu pensé, construit, que chaque joueur a en tête et qui n'est pas tant le fruit de réflexes instantanés que d'une construction judicieuse et calculée. Ce que j'ai admiré encore sont les qualités d'endurance – il faisait très chaud sur le terrain – et de patience, de persévérance et de résistance et surtout le débordement et le don sans restriction d'énergie, que l'on peut assimiler à un don de soi-même en vue d'une victoire d'équipe et sans doute des couleurs du pays d'origine des joueurs.

Ce qui me réjouit aussi est le pluralisme de l'origine des joueurs. Comme on aimerait que ce respect et cette fraternité éclatantes sur les terrains de foot servent de modèle à notre façon habituelle de regarder et considérer les migrants ! Je sais que les joueurs "venus d'ailleurs" ont été "sélectionnés" en raison de leurs capacités à la performance et que nos pays d'Europe doivent veiller à ne pas compromettre leur avenir et leur unité s'ils ne se sentent pas les moyens non seulement d'accueillir ces gens qui fuient leur pays, mais surtout de les intégrer réellement et durablement.

Certes la force et la détermination des joueurs, débordantes, bousculent, mais elles  ne sont jamais violentes, sauf rare exception que tout le monde se plait alors à calmer. Cette puissance et cette célérité spectaculaire du déroulement du jeu ne dégénèrent jamais, mais au contraire conservent au match une bonne tenue, du début à la fin. Cette fougue des joueurs entre adversaires ne provient jamais d'une intention de se nuire ou de se faire mal, mais seulement d'un désir de se dépasser et de se surpasser pour le score final. Certes chaque équipe a ses séquences ascendantes et ralenties au cours des deux mi-temps que compte le match. Ce qui est beau aussi est que le mental et les réserves psychiques prennent le relais des forces physiques en vue d'un sursaut et de la nécessité de parvenir au but.

 Enfin, voir des foules chanter, crier, encourager l'équipe qui a leur préférence est un bonheur commun aux spectateurs des tribunes sur place et aux téléspectateurs assis et parfois vent debout devant leur écran, à des milliers de kilomètres les uns des autres, mais unis dans le même ressenti ! Or vibrer à l'unisson sur toute la surface de la terre, n'est-ce pas aussi le cadeau offert par ce que l'on appelle le "Mondial" ?