Jean 21 1-25

 

Trois ans plus tôt, Jésus les avait croisés au bord du lac et embauchés. Ils l'avaient suivi et accompagné durant sa vie publique et missionnaire. Or Pierre n'a pas oublié son métier de pêcheur. Il forme avec quelques autres qui viennent de suivre le même parcours un équipage de pêche. Mais cette nuit-là ils ne prennent aucun poisson. Tout échoue dans leur vie. Ont-ils perdu la main ? Jésus crucifié, toute espérance est-elle devenue vaine ?

Or c'est au moment où ils ressentent ces échecs, à l'endroit même où ils avaient quitté leur travail à son appel – "Venez, je ferai de vous des pêcheurs d'hommes" – que Jésus les rejoint "sur le rivage", "mais ils ne savaient pas que c'était lui". L'apparence de Jésus ressuscité n'est plus la même qu'avant sa mort. A quel signe vont-ils le reconnaître, eux qui l'ont bien connu ? En leur demandant de jeter de nouveau leur filet là où ils n'ont capturé aucun poisson, Jésus les appelle à lui faire confiance. Et le fait de recommencer là où ils étaient restés bredouilles paye alors en abondance ! Il leur faut se dessaisir pour réussir. Et à ce moment "le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre : 'C'est le Seigneur !'" Existe-t-il entre Jean et Jésus une relation privilégiée, une connivence de proximité ?

Pierre revêt vite une tenue convenable pour s'approcher du rivage en nageant, tandis que les autres équipiers ramènent la barque remplie de poissons. Jésus avait préparé un feu sur lequel on allait pouvoir griller quelques poissons prélevés sur la pêche abondante : 153 gros poissons, symboles de la multitude des humains que Jésus va confier à Pierre et à l'Eglise. 153 est le nombre d'espèces de poissons répertoriées à l'époque de Jésus. C'est aussi un signe qui signifie la totalité. Le filet qui ne se déchire pas symbolise l'Eglise qui devra toujours rester unie et solide. Et comme à l'auberge d'Emmaüs, Jésus prend le pain et le leur donne, "et fit de même avec le poisson". A ce geste de partage, Jésus se fait reconnaître, car ses disciples l'ont vu tant de fois se soucier de ceux qui le suivaient et tant de fois du même geste qui le caractérisait.

A partir du verset 15, on assiste à un dialogue entre Jésus et Pierre qui va être confirmé dans l'appel que lui avait fait Jésus à le suivre, trois ans auparavant. Malgré les trois reniements, malgré la distance prise au moment du jugement, malgré les incompréhensions de Pierre concernant ses messages de libération, Jésus va réaffirmer sa confiance à Pierre sur la base de l'amour. Par trois fois, Jésus donne l'occasion à Pierre d'exprimer le lien d'amour qu'il a avec lui. Jésus insiste tout en sachant bien que Pierre, ayant pleuré sur sa trahison, la regrette amèrement et a accueilli son pardon dans son cœur. En reniant, Pierre a été dépouillé de tout son orgueil et de la suffisance de ses prétentions à mériter d'être aimé.

Aussi l'amour dont Jésus l'aime devient-il la source inépuisable de l'amour pour Jésus. "Seigneur, toi qui connais toutes choses, tu sais bien que je t'aime". Et Jésus lui dit : "Pais mes brebis". Jésus investit Pierre d'une autorité qui lui confie des responsabilités de servir, de réunir, de conduire, de diffuser des messages de Jésus à l'image d'un berger qui prend soin des agneaux et des brebis. Pierre avait tendance à décider tout seul de sa vie. Il avait même tenté de diriger celle de Jésus. Il consent maintenant à se laisser orienter par lui. Ce "suis-moi" comporte un contenu enrichi d'expérience par rapport au "suis-moi" du début de la vie publique de Jésus. En entendant ce nouvel appel à suivre Jésus, Pierre a sans doute en tête tout l'itinéraire qu'il vient de vivre aux côtés de Jésus et surtout sa fin dramatique au Golgotha. Et Jésus, devant Jean qui rapporte cet épisode, répète encore à Pierre : "Toi, suis-moi".

La tradition situe le martyre de Pierre à Rome, sous Néron, crucifié comme Jésus mais la tête en bas. Son corps se trouve enterré à la verticale de la Basilique Saint-Pierre où après de longues et minutieuses fouilles archéologiques on l'a retrouvé, et où on peut le vénérer en étant guidés à travers un dédale de couloirs souterrains qui conduisent à son tombeau. Saint Paul, lui, a son tombeau dans la basilique St-Paul hors-les-murs.