Luc 2 41-51

 

Joseph et Marie accomplissent leur mission de parents en respectant les coutumes et traditions, les rites prévus par la religion et la culture juives. On peut déjà souligner combien est important de ne pas élever et éduquer les jeunes générations hors sol, d'une façon intemporelle. Toute insertion et même incarnation embraye à l'histoire d'un Peuple et permet d'en vivre. Cette expérience particulière non seulement n'éloigne pas de l'universel, mais le rejoint en profondeur, à l'image d'une source dont l'eau jaillissante puise dans la même nappe phréatique que d'autres sources, ailleurs !

En même temps que Jésus bénéficie de la transmission qu'assurent Joseph et Marie, Luc le décrit comme un adolescent curieux, interessé et capable d'une pensée en éveil et en plein jaillissement, en capacité de s'exprimer et de se confronter. "C'est au bout de trois jours qu'ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des Docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l'entendaient s'extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses". Ce même Jésus, durant sa vie publique, proposera les paraboles de la miséricorde, prononcera le programme de vie des Béatitudes. Dans l'histoire de l'Eglise, certains le feront passer pour un rêveur, un sentimental sans colonne vertébrale. "Si on te frappe sur la joue gauche, présente aussi la droite"…

En réalité, nous dit saint Luc, Jésus avait des capacités cognitives et réflexives très importantes, il était doté d'une solide personnalité, d'une pertinence remarquée par les habitués du Temple. C'est aussi de cette façon qu'il faut regarder et entendre les théologiens et les philosophes chrétiens, membres et acteurs de l'Eglise dont la vie et les préoccupations sont embrayées aux problèmes du monde contemporain. Je pense aux relations dans lesquelles des luttes, des rivalités et des conflits viennent s'introduire et affaiblir le désir de "servir la fraternité", la justice, la liberté et la paix, la concorde… Je pense à ces débats et ces choix éthiques, par exemple dans le domaine de la biologie, de la vie conjugale et familiale… Souvent la position des chrétiens ne relève pas de leur foi particulière, mais entend se situer au nom d'une conception universelle de la vie qui rejoint les conceptions philosophiques et humanistes de courants sans enracinement religieux.

Comme tous les parents du monde qui ont conscience d'avoir à transmettre et le font bien, Joseph et Marie sont, semble-t-il, étonnés de l'assurance tranquille manifestée par Jésus. "En le voyant, ses parents furent frappés d'étonnement"… "Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ?" Cette forme de reproche exprime le désarroi des parents et surtout leur incompréhension. Ce qui montre la découverte progressive de la volonté de Jésus et donc aussi la confiance absolue en Dieu, celle du oui de Marie prononcée à l'Annonciation. Saint Luc prend soin de nous dire que Joseph et Marie n'ont pas compris cette répartie de Jésus : "Ne saviez-vous pas qu'il me faut être chez mon Père". Cet écart-là entre eux et lui ne l'empêche nullement pour autant de lui obéir et d'accomplir sa mission, tandis que "Marie gardait en son cœur tous ces événements".

Heureusement que l'on possède une mémoire, elle nous permet, après coup, de digérer et de mieux comprendre les messages que la vie nous offre et que l'on ne décrypte pas immédiatement. Car il y a un temps pour tout et chaque chose en son temps !