Pour être créditée du qualificatif de "catholique", une paroisse, une communauté chrétienne, ne doit pas seulement se "construire" sur des bases d'origine ethnique, linguistique, culturelle ou sociale ! Car si le Christ s'est incarné dans le peuple juif et dans une période particulière de son histoire, il s'est en réalité toujours préoccupé de montrer l'universalité du salut offert à tous les peuples et toutes les époques.

Une communauté chrétienne liée à une catégorie de gens et établie sur la base de leur ressemblance, et qui serait de ce fait fermée à ce qui est différent, ne remplirait pas sa mission d'Eglise du Christ. Dans son histoire, l'Eglise a dû veiller à élargir toujours plus sa capacité à accueillir et intégrer des peuples jusqu'alors éloignés, et, tout en respectant leur identité et leur parcours propres, à leur permettre de découvrir le Christ et l'Evangile afin qu'ils puissent en vivre eux aussi.

On peut constater que certains groupes chrétiens ont parfois du mal à sortir de leur cercle habituel tant leurs habitudes cultuelles et rituelles, leurs liens fidèles avec les gens dont ils partagent les similitudes, les "satisfont" entièrement. Sans en avoir conscience, certains groupes, qui se veulent pourtant chrétiens, ressemblent en fait plus à des clubs ou à des associations privées qu'à des lieux ouverts sur l'altérité et l'étranger… Le syndrome de la tour de Babel existe toujours ici ou là quand l'exclusivisme d'une culture, d'une langue, d'une hiérarchie sociale prédomine dans l'organigramme d'une communauté ou d'un mouvement chrétiens…

Dans un monde marqué par la pluralité, la diversité et l'éclatement, il parait important de conserver à l'Eglise le caractère universel qu'elle possède par nature et le rôle qu'elle a joué dans l'Histoire. Le débat entre Pierre et Paul, à la fondation des premières Eglises, aurait pu s'achever par la prédominance absolue des premières communautés de Jérusalem composées de juifs convertis. Au contraire, l'universalité du christianisme a rapidement été affirmée avec l'action pastorale de l'apôtre des "gentils". Il existe en réalité en chaque être humain un désir d'élargir son regard et de découvrir des espaces et des êtres qu'il ne connaît pas, et, dans le même temps, une crainte de sortir et d'encourir un danger dans la rencontre de l'autre et des autres, avec en prime la nécessité de tenir compte des apports et des "dérangements" qui en découlent !

Avant le terme souvent usité aujourd'hui de mondialisation de l'économie, du commerce, des échanges financiers, avant les liens inter-continentaux et inter-nationaux, avant la pratique du multilatéralisme en politique, les chrétiens se veulent membres du Christ, tous distincts et différents mais unis par l'Esprit qui les invite en permanence à faire corps en Jésus-Christ tout en restant toujours attentifs et accueillants à "l'autre" et "tous les autres"…