Le Morbihan n'est pas seulement magnfique par ses bords d'océan, ses ports, ses bateaux, ses marins, il l'est aussi par le caractère et la réelle personnalité de ses habitants, leurs capacités à témoigner de leurs traditions et de leur foi enracinée et éprouvée au cours de leur histoire rude et courageuse.

J'ai eu la chance, au cours de cet été, d'assister à un Son et Lumière relatant la fondation du pèlerinage de sainte Anne d'Auray. Situé dans le parc naturel de la basilique fréquentée par de nombreuses personnes venues de tous horizons, un théâtre de plein air a été dressé qui peut accueillir mille spectateurs assis sur des gradins. La scène, au décor naturel fait d'arbres gigantesques et de champs à cultiver, d'un village constitué de maisons, d'une église et de vastes espaces de rencontre, nous invite avec douceur à participer au récit que nous délivre très distinctement la sonorisation. Ce Son et Lumière est une production de l'association "Spectacles Yvon Nicolazic" dont les bénévoles ont réalisé l'aménagement du site, les décors, les costumes et la mise en scène. Deux cents acteurs et figurants y participent, en costume d'époque, avec animaux de ferme, charrettes et carrosse dans le village de Ker Anna.

Nous est contée, sous les feux des projecteurs et en tableaux vivants, l'histoire d'Yvon Nicolazic. A cet humble paysan breton est apparu un flambeau de lumière, accompagné d'une voix qui se révèlera être celle de sainte Anne, la mère de Marie et la grand-mère de Jésus. Elle le conduira dans le champ de Bocéno et le priera de reconstruire en ce lieu une antique chapelle qui lui était dédiée car, dit-elle, "Dieu veut que je sois honorée en ce lieu". La chapelle d'Yvon Nicolazic deviendra en 1872 l'actuelle basilique d'Auray, haut-lieu cher au cœur des Bretons et des couples déjà en famille ou en attente de donner vie à des enfants. L'épouse d'Yvon Nicolazic elle-même se désespérait de n'être pas enceinte : elle finit toutefois par trouver ce bonheur d'être mère.

Quand le visionnaire paysan raconte ce qu'il a vu, entendu et compris à son curé, le recteur du village ne croit pas du tout à un signe venu du ciel. Au contraire, il profère des menaces à l'encontre de ce fabulateur ! Un certain Pierre de Kériolet, notable au pouvoir redoutable et plus enclin à festoyer qu'à chanter des chants religieux, ridiculise ce qu'on lui raconte d'Yvon Nicolazic. Tous deux pourtant vont peu à peu être transformés de l'intérieur et se convertir aux messages dont ce modeste et profondément paysan persiste à témoigner "contre vents et marées"…

Les premiers pèlerins de l'époque - paysans, curés, moines, évêques -, le gentilhomme Pierre de Kériolet surnommé "le diable Kerlois", repenti jusqu'à devenir prêtre et ardent défenseur des prêtres, l'hommage de la reine d'Angleterre, ont été les précurseurs de ces foules nombreuses qui chaque année viennent se recueillir et prier à l'invitation de sainte Anne d'Auray. Parmi ceux-ci, le plus célèbre fut le pape Jean-Paul II en 1996, venu en pèlerin adresser des messages de soutien et d'encouragement aux familles accourues nombreuses pour accueillir ses conseils évangéliques et prier à ses côtés sainte Anne, la grand-mère commune. La représentation d'ailleurs commence par un hélicoptère et l'arrivée du Pape dans sa papamobile, et elle se termine par un extrait de l'enregistrement de l'homélie que Jean-Paul II a prononcée ce jour-là sur l'esplanade d'Auray devant une assemblée attentive. En Bretagne, saint Jean-Paul II s'est adressé aux familles, à Tours sur le tombeau de saint Martin il a appelé à vivre la charité de Dieu, et à Reims il nous appelés à traduire les exigences de notre baptême chrétien en initiatives positives et en actes.

Je voudrais enfin dire mon admiration et ma gratitude pour ce beau spectacle imaginé et réalisé par tous ces bénévoles de tout âge dont on sentait la connivence et le bonheur d'offrir de leur temps et de leurs talents aux spectateurs d'un soir que nous étions !