Dans l'Eglise catholique, les bénédictions sont légion. En sachant que bénir, éthymologiquement, signifie "dire du bien", demander à Dieu d'approuver et de soutenir, l'en remercier. On bénit des maisons et leurs habitants : les enfants et leurs parents. On bénit l'eau de la pluie qui arrose nos terres et les rend fertiles, mais aussi l'eau des baptêmes et des bénitiers qui rappelle que nous avons tous vocation à développer en nous la vie éternelle. On bénit la table et les personnes qui ont préparé le repas, ainsi que les invités qui vont partager à la fois la nourriture et leurs paroles.

Les automobilistes, les motards, viennent se faire bénir à la St-Christophe. A cette occasion, on précise que, plus que les véhicules motorisés, ce sont les conducteurs que l'on bénit, afin qu'ils accomplissent avec conscience et une grande vigilance les règles de bonne conduite. Lorsqu'à la fin de cette messe il me sera demandé de bénir tous ces véhicules restaurés et entretenus avec beaucoup de soin et de patience, je bénirai, je dirai du bien, en remerciant Dieu pour les personnes qui à travers leur passion visent à perpétuer la mémoire de ceux qui en ont été les utilisateurs pour reconquérir la liberté et la Paix, la restaurer. Je bénirai les concepteurs, ingénieurs et techniciens qui ont créé et façonné ces véhicules. Car ces matériels ont permis de se défendre et de se protéger, avec un grand courage, du renoncement, beaucoup d'énergie, jusqu'au sacrifice de leur vie pour beaucoup. Nous allons bénir cet amour de la patrie, ce don de soi de tant et tant de combattants dont l'intention et l'objectif n'étaient que de permettre à leur patrie de retrouver son intégrité et sa liberté.

Bénir, dire du bien de ces vies données, c'est le cœur même des commémorations et des reconstitutions. C'est du même coup un appel à demeurer en permanence vigilants à anéantir en nous et autour de nous toute forme de violence, prête à surgir de points de vue divergents ou d'intolérances non maîtrisées. Faire mémoire des conflits qui ont fait de nous des ennemis, c'est se sentir convoqués aujourd'hui et demain à se connaître, se comprendre, et créer des liens de fraternité par-dessus les cimetières et la mémoire de guerre ô combien meurtrières.

Ce bien collectif qui n'est la propriété de personne, mais celui auquel nous aspirons tous, "la liberté, l'égalité, la fraternité", n'est pas qu'un droit, il est d'abord un devoir pour lequel chaque citoyen doit assumer sa part : depuis la cour de récré des écoles, en passant par les terrains de sport jusqu'à la tranquillité de nos quartiers et la solidarité dans nos ateliers, nos usines, la sécurité sur nos routes… La paix passe par un immense respect de soi-même et des autres. Pour les croyants en Dieu, l'autre est sa maison de prédilection. Quelle que soit son origine sociale, raciale, son âge, sa culture et sa religion, tout être humain de la terre est mon frère et ma sœur. A commencer par tous nos voisins de cette Europe qui doit persévérer sur ce chemin d'association et de concorde dans lequel chaque pays ne perd rien et s'enrichit des autres.

A la fin de la messe, le prêtre bénit les assistants au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, qui dit ainsi l'image qu'ont les chrétiens de Dieu : non un être suprême, lointain et éloigné, mais Dieu existant par ses relations internes, Dieu en dialogue et en colloque permanent, Dieu cherchant l'humanité pour l'accompagner et la soutenir dans ses désirs et ses initiatives de liberté, de justice, de Paix et de fraternité. Je bénirai donc dans cet esprit les personnes qui ont inventé et créé ces matériels militaires, tous ceux qui les ont fabriqués, entretenus, modifiés et améliorés, utilisés, avec l'intention qu'ils servent à la défense de l'intégrité, de la dignité de tout homme, de sa liberté et de la Paix dans la justice et le droit. Tout instrument sorti de l'intelligence et de la main de l'homme ne tire un sens positif que de la conscience et de la volonté humaines. Et c'est cette finalité morale que je bénirai.