Les débats de société montrent que "tout le monde", tant s'en faut, n'a pas la même conception et vision de ces trois mots emblématiques de notre République inscrits au fronton des édifices publics de notre pays.

Pour les uns, la liberté exige d'ignorer tous les repères moraux traditionnels, et de laisser chaque citoyen seul juge de ce qui lui convient. Le slogan type de cette posture pourrait être : "chaque personne doit pouvoir disposer de son corps", justifiant ainsi "le droit" sans restriction à l'avortement et à l'euthanasie.

Pour d'autres, la liberté s'exerce dans la conscience, pourvu qu'elle ait reçu des instructions normatives et qu'elle recoure à un logiciel. Pour les chrétiens, Jésus est le référent et l'Evangile appliqué en Eglise le référentiel.

Pour les chrétiens qui sont aussi citoyens, la liberté ne peut être inspirée seulement dans un cadre individualiste et subjectif, mais aussi par la relation aux autres et la vie sociale et solidaire. Si un proche est malade, son entourage se doit de le secourir. Nul ne peut déclarer : après tout, son corps et sa vie lui appartiennent, qu'il se débrouille ! Toute conception hyper-libérale de la liberté use et fragilise, atomise le lien social et tout vivre ensemble collectif qui consiste à "croire" que chacun a ses raisons et ses convictions dans le cadre d'une liberté foncièrement privée.

Le deuxième mot, celui d'égalité, est tout aussi diversement compris. Pour certains, égalité résonne avec similitude, ressemblance. Aussi toute différence est-elle ressentie comme un empêchement d'égalité jusqu'au soupçon d'injustice en cas de constat d'une asymétrie quelconque. A l'inverse, toute la réflexion et la vision d'autres personnes sont basées sur l'altérité. Rien n'existe et ne se développe, en particulier la vie humaine, la relation et l'amour, sans distance et différence, conditions de vraies relations et d'une réelle alliance.

Un homme et une femme sont égaux en dignité, et pourtant leurs différences les distinguent et les rendent complémentaires, tout en les rendant capables d'unité. L'égalité n'est pas la fusion ni l'uniformité, elle n'exige pas d'être identique.

 

Le troisième terme de l'idéal républicain, après la liberté et l'égalité, est donc celui de fraternité. Celle-ci fait plus appel au cœur et aux sentiments. Elle repose pourtant sur la conscience que chacun peut développer en soi des liens qui ne sont pas seulement ceux d'appartenance à un pays, de partage des mêmes droits et devoirs, mais aussi de respect et de considération pour les autres citoyens quels que soient leur position sociale, leurs convictions spirituelles et leurs engagements individuels. La fraternité ne nie pas les différences et les frontières, elle les transcende pour retrouver en tout "autre" la dignité humaine qui le fait être un frère à rencontrer, et par-dessus tout à respecter.

Il est évident que la façon dont les mots liberté et égalité sont compris et vécus rejaillissent sur celui de fraternité. En effet, comment se sentir invité à devenir frère de gens qui envisagent la liberté comme un droit de chacun à faire ce qu'il veut, sans autre référence que soi-même ? Comment partager en frère avec qui conçoit l'égalité comme un effacement de toute différence ? Parfois on entend ce slogan : à chacun sa religion, sa mort, sa façon de vivre.

La chance qu'ont les chrétiens d'appartenir à une religion et de s'y référer pour instruire la conduite de leur vie, c'est à la fois l'éclairage et le soutien trouvés dans l'Evangile. C'est également de pouvoir se fédérer à celles et ceux qui y recourent aussi.

Liberté, égalité, fraternité, oui ! Mais à l'imitation du Christ…