L'argent a partout dans le monde pris le relais de la pratique du "troc". Il s'est même imposé dans les échanges entre personnes et entre les peuples jusqu'à parfois les dominer. Aussi les rapports qu'entretient l'homme à l'argent sont-ils devenus une vraie question qui conduit à plusieurs réflexions !

Entre les parents qui paient leurs enfants pour les inviter à rendre service et les narco-trafiquants prêts à tuer pour vendre leur drogue au mépris de la santé de ceux qui l'achètent, il y a place pour le salaire gagné par les travailleurs, dont la vie de famille a besoin pour vivre dignement et correctement. L'argent constitue d'abord en effet un moyen pour manger, se loger, se vêtir, se déplacer, se cultiver. Il dérive lorsqu'il devient un but en soi pour accumuler et un danger s'il est utilisé pour exploiter, dominer et mépriser, en particulier ceux qui sont dépourvus de tout. Aussi posséder un peu ou beaucoup d'argent doit immédiatement être associé à l'utilisation qui en est faite.

Comment ai-je gagné cet argent dont je dispose ? Quelle est la destination que je lui attribue le plus souvent ? M'arrive-t-il de le dépenser d'une façon dispendieuse ? Même si j'en suis le propriétaire, suis-je attentif à en garder une maîtrise réfléchie et sensée ? Car mon rapport à l'argent comme aux biens matériels en général ne regarde pas que moi comme individu. Il s'inscrit aussi dans la vie sociale et l'influence. Par exemple, un trop grand écart de revenus entre des familles peut générer des inégalités et un ressenti d'injustice. Le vivre ensemble et le tissu social peuvent en être affaiblis jusqu'à conduire à des divisions graves dans la société. L'on comprend donc que, même si la propriété privée des biens financiers est légale et légitime, son utilisation concerne aussi la communauté humaine plus largement. Les taxes et impôts de toute sorte, les crédits et subventions permettent à un état de combler les inégalités criantes et de donner les moyens nécessaires aux citoyens et aux familles sans ressources suffisantes d'assumer les besoins premiers du quotidien.

Aussi on le voit, l'argent n'est qu'un moyen et nul ne peut le blâmer par avance. Si parfois il contribue à dégrader l'humain, il fait interpeller la conscience de celui qui a choisi de s'en servir ainsi. L'argent en lui-même est neutre, c'est son propriétaire qui lui permet de se qualifier par l'utilisation qu'il en fait. Toutes les associations à but social et humanitaire ont l'expérience que sans argent on ne peut mettre en œuvre les bons projets que l'on élabore en idées. Si l'argent est le nerf de la guerre, il l'est aussi pour édifier la liberté et la justice, fonder des liens de fraternité, ici et là-bas, aujourd'hui et pour demain. L'Eglise elle-même a besoin d'argent pour alimenter les ressources de ce qu'elle entreprend et de ce qu'elle choisit de soutenir à travers le monde. D'ailleurs à travers les dons, les offrandes, les quêtes, les casuels, l'Eglise collecte assez d'argent non pour le thésauriser, mais pour le redistribuer selon des critères qui orientent ses choix.

Il est vrai qu'un rapport équilibré à l'argent ne va pas instinctivement de soi. Ayant reçu la même somme, certains vont la dépenser immédiatement parfois en futilités, d'autres vont la placer afin d'en retirer des intérêts ultérieurement, d'autres vont s'associer à d'autres pour réunir assez de moyens pour faire un achat important, d'autres encore penseront à secourir des gens plus nécessiteux qu'eux-mêmes… En un mot, ce qui donne son vrai sens à l'argent c'est la conscience de la personne qui en est propriétaire…