Les évolutions et mouvements observés dans la société actuelle chamboulent et bouleversent les cultures que celle-ci véhicule et diffuse. Les croyants, et parmi eux les chrétiens en particulier, se doivent, en raison de leurs références à l'Evangile, d'être vigilants et surtout capables de discerner et dénoncer les pièges perçus dans ce que d'aucuns appellent "la modernité", qu'ils assimilent nécessairement mais si souvent abusément à un progrès assuré !

Les nouvelles technologies dans le domaine des communications ont considérablement enrichi et amplifié les possibilités pour un très grand nombre de gens d'accéder à des informations et de recevoir des réponses universelles, bien que partielles, à des interrogations que chaque utilisateur de ces outils se pose. Or, dans les cercles chrétiens avisés et critiques, on est souvent plus enclin à souligner les pièges et les travers cachés sous des aspects séduisants de ces nouveaux moyens que les réels progrès qu'ils offrent aux humains, individuellement ou collectivement. Le fait que les rapports à l'espace et au temps soient désormais raccourcis grâce aux moyens "modernes" de déplacement et d'information, l'immédiateté et l'ubiquité peuvent priver certaines personnes d'enracinement. Et à force d'être sollicité et branché de toutes parts, on finit par ne plus être inséré et implanté, engagé quelque part. Il est peut-être intéressant de faire partie de la toile des réseaux sociaux, mais à condition que le dialogue conjugal et familial, le vivre ensemble, le présent à assumer pleinement n'en souffrent pas !

La tentation évidente est donc la fuite dans le divertissement, alors que chacun(e) est appelé à s'impliquer et s'engager en consentant à sa propre vie. Devenir accroc d'une vie virtuelle, n'est-ce pas s'exposer à faire naufrage de celle qui est réelle et tangible ?

Un des grands courants actuels est aussi la privatisation des convictions : chacun se croit seul concepteur et maître de ses convictions et de ses actions. Pour alimenter cette autonomie, chacun se sent poussé à sélectionner et s'approprier ce qui lui plait et remplir son caddie individuel. Cette tendance à ne pas devoir dépendre ni avoir de comptes à rendre à quiconque ne s'enracine-t-elle pas dans le rêve de toute-puissance et d'indépendance qu'encourage la société ultra-libérale actuelle, selon laquelle toutes les idées et les comportements se valent pourvu que l'on soit sincère et que l'on n'empiète pas sur l'espace des autres ? La vérité n'est pas devant, chacun porte la sienne en soi !

Or, face à tout ce qui apparaît mobile et mouvant, provisoire et transitoire, les chrétiens se montrent, souvent et avec raison, lucides et critiques. Ils font preuve de discernement, mais encore leur faut-il ne pas succomber à la tentation de sortir de cette société actuelle qui s'accélère et parfois s'emballe. Puissent-ils en effet, tout en étant conscients des pièges nombreux qu'elle comporte pour l'Humain, décider de s'y insérer et de jouer le rôle de veilleurs et d'éveilleurs. Car la logique évangélique n'est pas la tribu, le club, l'îlot, le donjon, le repli, mais l'Incarnation, c'est-à-dire l'immersion, le levain dans la pâte, le sel dans les aliments, la lumière, non pas celle qui attire sur elle l'attention, mais celle qui éclaire la maison et permet de percevoir… La logique de l'Evangile, c'est aussi accéder à la capacité de rendre compte d'une manière claire et fondée de l'Espérance mise en Dieu révélé par Jésus-Christ.