Les libertés retrouvées : 1870, 1918, 1944

 

La liberté est sans aucun doute l'aspiration universelle la plus profonde de tout être humain sur terre. Elle est aussi le moteur de l'histoire des peuples à la recherche de leur identité et de leur indépendance. Mais on peut être libre physiquement et ne pas l'être intérieurement si l'on est conditionné ou sous tutelle, d'addictions, de comportements soumis aux instincts… On peut avoir des yeux et ne pas voir, des oreilles et ne pas entendre, une langue et qu'elle soit malhabile ou blessante, des jambes et qu'elles soient ankylosées…

La liberté est une capacité ambivalente dont chacun peut se servir pour le bien, le préférable, ou le mal et le pire. Chacun à sa naissance reçoit cette faculté à développer et faire valoir. Celle-ci demande à s'enrichir et s'épanouir dans l'existence individuelle et personnelle, les relations dans le couple et la famille, le travail et le vivre ensemble social. La liberté comme désir collectif est inscrite au fronton des bâtiments publics de la République : Liberté, Egalité, Fraternité… Mais force est de constater que la quête de la liberté a toujours besoin d'être située pour que l'on puisse être en mesure de la qualifier réellement. Il peut arriver qu'un homme soit jeté en prison pour avoir réclamé haut et fort la liberté pour son Pays : certes il ne peut alors physiquement aller et venir, mais n'est-il pas plus libre en sa conscience que ses concitoyens soumis au régime dictatorial qui les dirige ?

En effet, même si de nombreuses guerres de défense et de reconquête de la liberté ont forgé l'histoire de notre Patrie, ne doit-on pas toujours s'interroger et s'interpeller sur la façon dont nous en bénéficions réellement, individuellement et collectivement ? Ce mot simple et magique de liberté n'est-il pas ici et là entamé par les manques, de moyens intellectuels, économiques, financiers ? Le besoin et l'habitude de discerner, de choisir, de décider, les aptitudes pour s'engager dans la durée que produisent la persévérance et la fidélité ne sont-ils pas les conditions requises pour une liberté assumée ? Si l'on peut se définir comme un Peuple libre, ne doit-on pas honnêtement se reconnaître assez inégaux face à l'usage que chacun(e) de nous peut faire de cette liberté ?

Cette lucidité sans parti pris à laquelle il faut accéder ne disqualifie en rien les libertés reconquises par ceux qui, sur les champs de résistance et de bataille, ont offert leurs années de jeunesse, leurs forces, leur courage et leur temps, pour certains leur vie entière. Mais il serait injuste d'ignorer que cette liberté offerte à tous n'est pas également profitable à tous, chacun et chacune. Avant d'aboutir aux conditions d'une réelle fraternité, il faut passer par la case égalité. Non pas l'égalitarisme qui supposerait que tous les citoyens soient mêmes et semblables. Ce qui n'est bien sûr pas le cas. On peut au moins souhaiter à toutes les générations et milieux sociaux de notre Pays que chacun ait en main les moyens intellectuels, moraux, spirituels, de tracer un chemin ascendant qui aille vers la liberté entière, celle qui ne se réduit pas à la liberté civile et s'épanouit pleinement dans la liberté de l'esprit. Comment me sentir libre lorsque j'apprends chaque jour qu'il est tant de gens dans le monde vivant dans des conditions effroyables et inhumaines d'esclavage, de soumission, de misère, d'injustices et de faims : de "savoirs" et de "Pain"…