Saint Walfroy fut au 6ème siècle un missionnaire zélé et un ardent propagateur de l'Evangile qui appelle à une transformation radicale, mais toujours sans violence, avec patience et persévérance. Si Walfroy a choisi de s'adresser aux peuples de la forêt depuis une colonne, et si son style de vie était dépouillé et sans artifices, sans menace ni pression, c'est que lui-même adoptait une vie évangélique en constante référence à celle de Jésus. Or aujourd'hui que le message chrétien a été répandu aux quatre coins du globe terrestre, il est des voix pour remettre en cause la nécessité de continuer cette mission d'évangélisation commencée par les Apôtres lorsque, ayant reçu l'effusion de l'Esprit Saint, ils ont été poussés à proclamer l'Evangile du Christ comme "Chemin, Vérité et Vie" offert à tout homme de la terre entière.

Or aujourd'hui ce n'est pas seulement le contenu et les modalités du christianisme qui sont contestés par certains courants de pensée, mais le bien-fondé lui-même, l'intérêt pour l'humain, de proposer l'Evangile comme un logiciel utile et fécond pour lui. Voici quelques propos tenus par ces gens qui prônent l'arrêt de toute propagande religieuse au nom de la tolérance et de la bienveillance.

Selon eux, il faut éviter la compétition entre les religions si nombreuses sur terre auxquelles sont attachés, et depuis si longtemps, des peuples si différents mais tous respectables. Vouloir évangéliser, disent les tenants de l'arrêt de l'évangélisation, n'est-ce pas s'attribuer une supériorité, ou à tout le moins être convaincu que connaître le Christ et l'adopter pour modèle, reconnu comme prototype de l'humanité, vaut d'oser prendre le risque d'inviter les gens à se convertir à lui, et donc de caler leur vie sur la sienne ? Il faut, il est vrai, avoir évalué pour soi l'impact de la foi chrétienne en notre conscience, son poids dans nos choix, nos comportements et nos actes pour continuer à considérer la propagation de la foi chrétienne comme une entreprise salutaire pour toute l'Humanité.

Si l'Evangile a dans notre existence le rôle qu'a un GPS dans une voiture et si on a une expérience positive de cet usage, alors on peut comprendre que le logiciel qu'est l'Evangile, la fréquentation habituelle du Christ, sont une richesse intellectuelle, morale et spirituelle que nous devons partager avec les autres qui en sont jusque là privés et ignorants. Si l'on est soi-même heureux de savoir qu'il existe un concepteur, un créateur, un auteur à notre environnement et à l'être humain, alors le découvrir auprès de Jésus et le faire connaître ne représente-t-il pas une mission non facultative mais obligatoire, dans laquelle chaque chrétien en particulier doit prendre sa part à la mesure de ses capacités et des opportunités ? L'annonce simple et humble de l'Evangile, tel un partage fraternel, constitue "une œuvre humanitaire".

Avoir du respect pour toutes les religions relève du respect dû à toute liberté. Il est important que les religions dialoguent, qu'elles s'interpellent et s'enrichissent de leurs expériences, mais jamais les chrétiens n'auraient raison de ne plus vivre et partager leur foi, terreau et semence de développement humain, du savoir et du pouvoir vivre ensemble. En effet les religions et les croyances en général suggèrent et même produisent des comportements, des conduites, diverses et différentes. En croyant que les pensées, les paroles et les actes de Jésus ont une portée universelle parce qu'ils proviennent de Dieu incarné qu'Il est, les chrétiens ont toujours la mission de répandre ce qu'ils ont appris et de Dieu comme origine et de l'Humain à son image à faire advenir. Je pense aux inversions de la pente naturelle de nos instincts et de nos désirs : servir au lieu de se servir, secourir les petits, les pauvres, les faibles, les derniers…Je pense aussi que prendre l'Evangile pour conducteur, c'est passer de la puissance qui prend à celle qui donne, passer de la liberté sans les autres à celle qui les enrichit aussi, passer de l'intelligence sans conscience à la responsabilité assumée.

La foi en Jésus, c'est bien plus que boire l'eau vive qu'il apporte, c'est connaître la source d'où provient cette eau qui donne à vivre. Faire connaître Jésus-Christ, c'est donc donner les moyens à tous de venir eux-mêmes y puiser.