Lorsqu'il fait part de sa honte et de son immense douleur devant les dégâts causés par les prêtres pédophiles, le Pape avance le cléricalisme comme une des raisons majeures de ce drame humain. Le cléricalisme serait tapi dans la personnalité de certains clercs et religieux, prêt à se traduire à travers des réactions doctrinaires, arrogantes et dominatrices.

En effet, le clérical se convainc de posséder la vérité et ne se donne pour rôle que de l'enseigner à des gens a priori jugés ignorants. Avant de se sentir appelé à vivre lui-même l'Evangile, il confisque le droit d'en jauger la présence chez les autres ! Il soigne son apparence pour affirmer l'évidence aveuglante de son appartenance à sa tribu cléricale qui lui donne, selon lui, des droits exclusifs et une respectabilité civile et religieuse. Le clérical se ressent à part et à l'abri, revêtu du devoir de dispenser des conseils, de prononcer des reproches et accorder des pardons.

Alors qu'il apparaissait pour la première fois au balcon de la basilique Saint-Pierre comme nouveau Pape, les premières paroles de François à la foule qui le découvrait a été de demander à celle-ci de le bénir, lui le serviteur du Christ, le successeur de Pierre. Cette attitude est l'exact opposé de toutes les caricatures du cléricalisme, qui prétend détenir l'autorité et le pouvoir au nom de Dieu et n'est guère sensible aux dons et charismes dont est gratifié chaque baptisé, ni à l'Esprit Saint souvent secrètement présent en tout être humain. Le cléricalisme est la plupart du temps teinté d'orgueil et de suffisance, de supériorité sur les interlocuteurs qui de ce fait ne peuvent être que des écoutants et des exécutants.

Le cléricalisme revêt parfois l'habit de l'intégrisme jusqu'à donner priorité aux apparences et aux détails plutôt qu'à l'essentiel. Il lui faut soigner les aspects religieux et pieux de sa "vitrine" apparente qui, espère-t-il, attesteront de son lien privilégié à la foi et lui donneront un solide crédit pour en faire part publiquement. Le clérical aime s'adresser aux autres depuis son balcon. Il n'aime ni descendre pour dialoguer sur un pied d'égalité sur le macadam, ni "sortir" pour aller en terrain inconnu où il perdrait ses repères et plus encore l'ascendance dont il est "harnaché". Le clérical ne cherche qu'à imposer et non à convaincre, parce qu'il craint d'être déstabilisé. Aussi se construit-il des protections nombreuses, tant externes qu'intérieures. Le cléricalisme se nourrit de la culture du secret.

Si dans les discours et les lettres du pape François le thème du cléricalisme revient souvent pour dénoncer l'arrogance et la prétention d'une catégorie de religieux en lieu et place de l'esprit de service que l'on espèrerait davantage trouver, le Pape désire réveiller l'Eglise universelle tout entière. Il nous invite avec force à nous convertir à une vie simple, sans artifices, non tentée de se dérober derrière une apparence, en un mot authentiquement évangélique et surtout pas dominatrice, mais toujours empreinte d'un immense respect d'autrui, de sa dignité et de sa liberté.

Le pape François appelle l'Eglise dans son ensemble à une conversion de nos mentalités, en référence à celle qui animait l'existence même de Jésus. A l'image de splendides édifices recouverts de couches épaisses de plâtre et d'habillages successifs, ne nous faut-il pas décaper nos vies de foi de toute tentation de cléricalisme pour retrouver l'authenticité initiale de l'Evangile ?