Luc 10 17-24

Les sages et ceux qui prétendent "savoir", en réalité, dit Jésus, ne détiennent ni ne comprennent pas tout. Ils sont en réalité dépendants de ce qui est montré et démontré d'une façon logique et rationnelle. Leurs connaissances peuvent les entretenir dans l'illusion qu'ils ont atteint le cœur de la vérité. Or, dit Jésus, les petits peuvent en être plus proches par la relation intime qu'ils ont avec ce qui est vrai. Un enfant peut longuement parler de l'histoire de ses parents à la façon d'un récit. Il pourra aussi en parler, et différemment, lorsqu'il dira tout ce qu'ils lui ont montré d'affection et transmis de richesses humaines, morales, spirituelles, qui lui ont permis de construire sa personnalité et d'envisager l'itinéraire de sa propre vie.

La "chance" des petits, c'est aussi la conscience d'avoir tout à recevoir, en sachant qu'ils ne sont pas "savants". Le danger pour ceux-ci est de s'arrêter de chercher afin de mieux approfondir, élargir et accueillir ce qu'ils savent déjà. Le danger qui menace les gens qui exposent leur science, c'est d'adopter la technique de défense du hérisson qui bombe sa carapace et dresse ses piques. L'erreur des gens qui revendiquent une position élevée, c'est de chercher à réduire la vérité à ce qu'ils savent et aussi à la façon qui leur a permis d'y avoir accès.

Or il y a en vérité de multiples chemins pour progresser vers la "lumière", pas seulement la raison, mais aussi l'affectivité, l'intuition, en un mot la relation intérieure… On peut essayer de démontrer, preuves à l'appui, que l'on a raison, la personne que l'on tente de convaincre peut "ressentir les choses" autrement et avoir elle aussi raison et ainsi tout aussi valablement justifier sa position. Qui ne s'est jamais pris en flagrant délit de jugement prononcé à propos d'une personne, d'une famille, d'un groupe, à travers des paroles entendues et parfois propagées, parfois des comportements étonnants, et de changement radical d'opinion lorsque des occasions de fréquenter ces gens ont permis de mieux les connaître et surtout les comprendre ? La relation sans tabou, sans préjugés, sans condition, n'est-elle pas qualifiée pour accéder au plus près de la vérité dans notre regard porté sur autrui ?

Quelques versets plus loin, Jésus poursuit sa réflexion sur ce thème en disant : "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car je vous le déclare, beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous-mêmes voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu".

L'Ancien Testament est rempli de savoirs et de descriptions d'expériences et de confidences sur Dieu. Mais rien ne vaut la rencontre de Celui qui vient d'auprès du Père et ce qu'Il apporte de révélations sur Lui, par ses paroles, ses actes, ses attitudes. Dieu découvert par notre relation personnelle à Jésus et aimé et aimant par Lui. Cette connaissance intime s'appelle la Foi. Or à tout âge de l'existence, des plus petits enfants aux personnes les plus âgées, il est possible de croire, en sachant un peu ou beaucoup. La foi d'un grand théologien peut être faible et ses connaissances très vastes, tandis que la culture religieuse d'un enfant peut être rudimentaire et sa foi solide.