L'Eglise actuelle, et particulièrement en raison de prêtres et religieux qui se sont rendus coupables d'atrocités, traverse une grave turbulence qui la fragilise. Son clergé vit douloureusement ce moment, car il est suspecté de turpitude et même de complicité avec les accusés, alors que, chacun le sait pourtant, seule une très faible minorité a très gravement failli. Le cœur et l'esprit des prêtres ressentent tristement les regards de suspicion et de défiance posés sur eux et le ministère !

Dans ce billet, mon propos n'est pas de minimiser le mal et les graves blessures générés par les comportements de certains, mais plutôt d'inviter à ne pas retenir pour la totalité du clergé ni dans le monde entier que ces graves dérives ! De la même façon, serait-il légitime de rejeter en bloc tous les migrants parce que quelques-uns se sont très mal conduits vis-à-vis de femmes en Allemagne, ou serait-il logique de juger les politiques, les financiers, les commerçants, les enseignants, les artistes musiciens ou de cinéma à travers les actes néfastes de quelques-uns d'entre eux ? Prenons soin, dans notre regard sur les maux commis en notre société, de ne jamais commettre d'amalgame !

N'avons-nous pas à reconnaître à chacun le droit d'être respecté en sa dignité au regard de sa vocation à assumer la responsabilité de ses actes individuels et de ses comportements habituels ? Bien sûr, la société est organisée en groupes sociaux, professionnels et culturels, religieux, mais en tous ces lieux chacun des membres est doté d'un libre arbitre et de capacités et de convictions propres qui en font une personne avec tout ce que cette définition comporte à la fois de beauté et de dangers, potentiels.

Quand on entend parler des prêtres aujourd'hui en cette séquence de purification indispensable de l'Eglise universelle, ne serait-il pas juste d'évoquer tous ceux qui la parent d'un beau visage ? Les papes Paul VI, Jean XXIII, Jean-Paul II, Benoît et François ! Plus près de nous Joseph Wresinski, fondateur d'ATD Quart-Monde, l'abbé Pierre, Mère Teresa de Calcultta, fondatrice d'une communauté internationale de religieuses vivant au milieu des plus démunis des pays pauvres, le Père Pedro de Madagascar… Et ces martyrs moines de Tibihrine, pères blancs de Tiziouzou, l'évêque dominicain d'Oran, fidèles au peuple d'Algérie et béatifiés dans la basilique Santa Cruz cette année. Et ces jeunes ingénieurs, médecins, architectes, enseignants, avocats, ouvriers, paysans, qui après des années de métier et souvent après de longues études et certains une belle expérience ordinaire, se décident à servir l'Eglise en sa mission d'annonce de l'Evangile ! N'est-ce pas une immense générosité, un Amour profond qui les guide et leur donne la force de renoncer à un niveau de vie personnel et social bien plus élevé et dense qu'ils auraient eu s'ils avaient renoncé à prendre ce chemin du ministère presbytéral ?

En réalité, ils ont choisi le menu ordinaire et pas sélectionné un repas de l'existence à la carte car ils sont appelés, ordonnés et envoyés, en fonction des besoins que l'Eglise et ses évêques estiment prioritaires. Cela s'appelle l'obéissance. Ils consentent à la pauvreté en renonçant aux très corrects salaires dont leur formation intellectuelle ou technique les aurait crédités. Ils ont aussi renoncé à fonder une famille en développant l'amour d'une épouse et en assumant une mission paternelle dans l'accueil et l'éducation d'enfants.

Faut-il enfin redire qu'il n'y a pas de statut humain indemne de quelque difficulté, de quelque erreur et même de raté, de quelque tentation ou dérive, momentanée ou durable ? Les prêtres sont à part entière des êtres humains, de chair et de sang, fragiles et vulnérables, faillibles eux aussi, comme tous en marche vers la sainteté…