En raison des nombreuses guerres que notre Pays a endurées au cours de son histoire, nous sommes souvent invités à nous retrouver au pied des monuments aux morts érigés dans nos villes et nos villages, ou même dans les cimetières où ces combattants morts au champ d'honneur reposent en paix.

Il arrive assez souvent que l'église locale soit sollicitée pour un temps de prière et de recueillement religieux dans le lieu le plus accessible. Comme nombre de prêtres, j'ai souvent été convié à organiser et animer avec d'autres chrétiens ces cérémonies de mémoire et de prière. Je confortais ainsi les gens qui en faisaient la demande dans la conviction que ces morts ayant offert leur vie pour leur pays étaient aujourd'hui "vivants" en Dieu. Les drapeaux symbolisant les régiments portés par d'anciens soldats rappelaient la solidarité qui soude à jamais l'amitié entre les survivants et les morts d'hier. Tous méritent notre respect, notre gratitude et notre prière.

Mais souvent ces nombreuses cérémonies m'ont laissé insatisfait, en pensant qu'elles évoquaient trop peu le message lancé à chaque citoyen de contribuer en pensée, en paroles et en actes à l'édification de la Paix. En effet, avant de parler de faire la paix, n'y a-t-il pas à prendre soin des fondations sur lesquels peut être établi le respect réciproque des droits, de la justice, de la liberté et de la dignité des peuples et des groupes humains, divers et parfois divergents, de bien des façons différents ? Contrairement à un adage qui dit "Si tu veux la paix, prépare la guerre", n'est-il pas nécessaire de détruire à la base les racines de toutes formes de violence, d'intolérance, de malveillance ? Je pense au mépris qui abaisse, à la haine qui rejette, aux rumeurs mensongères, aux calomnies qui salissent, aux injustices qui écrasent, aux rivalités qui dégénèrent en conflits, aux instincts dominateurs.

Ce que l'on perçoit dans les rapports individuels se retrouve aussi dans les relations économiques, culturelles, sociales, politiques entre états. Alors les mots de domination et d'exploitation, et même d'annexion, apparaissent. Les accords passés ne sont pas respectés. Les grands organismes internationaux ne sont plus respectés. La loi du plus fort s'impose au plus faible. Les droits de l'homme sont bafoués. Tout près de nous, quotidiennement, dans la rue, sur les stades, dans les écoles, mais aussi au cœur de la vie conjugale et familiale, un rejet de toute violence n'est-il pas à mener, dès ses premières manifestations ?

Oui ! Toute cérémonie de mémoire organisée devant les monuments ou dans les lieux de culte, je la reçois toujours comme une occasion de vérifier que mes attitudes et mes comportements sont des "petits éléments" qui contribuent à la Paix. Car si je ne me sens ni responsable ni coupable des guerres meurtrières qui ont tant fait souffrir notre Patrie, je suis avec mes contemporains responsable pour une part – ma part particulière -, de la Paix actuelle ici et là-bas !

Comment alors ne pas souhaiter qu'à la culture du rapport de force soit substituée peu à peu celle de la table ronde, de la concertation, de la négociation, qui permet progressivement à chaque partenaire de "faire valoir ses droits" et de prendre des positions qui respectent celles des autres, même s'ils sont des concurrents, des adversaires et même parfois suspects de se comporter en "ennemis"…