La Paroisse demeure un lieu et un temps, un carrefour régulier où les chrétiens sont invités à se rassembler, comme on le fait sur la margelle d'un puits ou d'une source pour y puiser l'eau fraîche. La Paroisse a mission d'offrir la Parole et le Pain de Vie divine. Ces deux nourritures ravitaillent "l'humain" de tout ce dont il a besoin pour chercher, découvrir, choisir, et durablement agir, croire, espérer, aimer, se relever et continuer…

La Paroisse n'est pas une association créée pour satisfaire un intérêt commun de ses membres, telle une chorale, un orchestre, un club sportif. Logiquement ne fréquente telle ou telle association qu'une catégorie de gens attirés par ce qu'elle propose. Au contraire, la Paroisse, telle une source ouverte à tous, a vocation à accueillir tous les passants qui ont besoin d'étancher leur soif. S'ils n'ont aucun seau pour puiser ou s'ils ne savent pas bien écoper l'eau, d'autres les aideront, comme Jésus lui-même un jour s'est fait donner de l'eau par une Samaritaine habituée du puits de Sychar où Jacob déjà venait abreuver ses troupeaux. Toute paroisse doit donc se demander comment être aujourd'hui et pour tous – et pas seulement pour quelques fidèles initiés -, ce puits de vie dont l'eau est offerte à tous.

Il me semble que quelques conditions sont requises pour que les paroisses remplissent cette mission que je viens d'évoquer. Toute paroisse doit développer une "culture" de l'accueil, immédiat et sans condition, en particulier moral. Car l'Eglise n'est pas un refuge protégé de gens purs. Elle est plutôt chargée d'accompagner avec respect et patience celles et ceux qui s'adressent à elle. L'animation d'une paroisse repose sur un pasteur et sur les membres qui s'associent à lui pour développer des liens fraternels non seulement en interne, mais aussi au sein des réseaux sociaux, familiaux, associatifs, du monde extérieur en général… Car la paroisse n'est pas un club privé et replié sur lui-même, mais un "espace" ouvert et exposé où chacun(e) peut venir s'asseoir, parler, écouter, et s'il le souhaite s'intégrer et participer, devenir disciple et missionnaire à son tour.

Une paroisse vers laquelle viennent des individus qui ne se connaissent pas doit créer des moyens leur permettant de se connaître et même de créer des liens durables entre eux afin d'aboutir à un véritable "vivre ensemble" communautaire. Trop souvent les paroisses sont formées de "grumeaux" familiaux, sociaux, professionnels, communaux ou culturels. L'universalité, la catholicité de l'Eglise invite expressément à franchir les frontières des catégories qui différencient et souvent divisent !

La vie en paroisse ne se réduit pas au culte pour les morts. L'Eglise est un corps aux membres différents qui ont besoin d'être alimentés et animés ! Par exemple, la prière pour les défunts ne doit pas supplanter celle pour les vivants qui, eux, en cours de route ont un réel besoin d'être aidés et réconfortés par la Parole, le Pain de Vie et l'affection des frères et sœurs en humanité, soutenus par leur foi, leur espérance et leur charité, de la part de Dieu.

Ce n'est pas parce que l'on se croit bons chrétiens que l'on fréquente la Paroisse, mais c'est plutôt parce que l'on se sent faibles et limités que l'on apprécie de s'y retrouver en communion ! La comparaison que saint Paul fait de l'Eglise avec les membres différents et unis du corps humain peut aussi illustrer cette cellule de base de l'Eglise qu'est la Paroisse. Car celle-ci, bien plus que le patronyme d'un édifice de pierre, si prestigieux et ancien soit-il, est d'abord une communauté "d'aspirants croyants en Dieu", enfants, jeunes, adultes ou âgés, pauvres ou riches, reconnus ou inconnus, savants ou ignorants, tous aimés de l'Amour inconditionnel et gracieux de Dieu.