L'Ermitage Saint-Walfroy est un site historique devenu au fil du temps un lieu de pèlerinage et un sanctuaire. Walfroy est venu sur cette colline au-dessus de Margut pour annoncer l'Evangile à des populations vivant de la cueillette et pratiquant le paganisme dans l'adoration de la déesse Arduina en particulier. En choisissant d'habiter au milieu de ce peuple, Walfroy a mis en pratique le dépouillement, l'humilité, l'humanité selon l'Evangile et imité le Christ. Sans violences, sans menaces ni quelque contrainte que ce soit, Walfroy a amené ces gens de la forêt à rejoindre le chemin du Christ. La destruction collective de la statue de la déesse Arduina en fut le signe annonciateur et libérateur.

Depuis cette époque missionnaire, ce site est un lieu de pèlerinage, d'abord à saint Martin, dont le récit de vie entendu auprès de son tombeau lors d'un de ses passages à Tours avait profondément interpellé Walfroy, au point d'avoir dédié à ce saint, symbole de la charité, le premier lieu de culte érigé de ses mains et de celles des compagnons de sa communauté.

Depuis ces "commencements", que de gens, petits et grands, de toute condition sociale, sont arrivés sur la colline en pèlerins pour déposer sur la colline devant saint Walfroy, en l'église St-Martin, leurs désirs, leurs vœux, et d'abord leurs souffrances, leurs blessures, leurs déceptions, mais aussi leurs doutes et leurs espoirs, leurs interrogations face au mal, aux difficultés de la vie ! Ils confient à ce saint courageux, audacieux, ardent, qui un proche malade, qui un jeune à la dérive, qui un couple en instance de divorce, un chômeur découragé… Le cahier où certains pèlerins écrivent leurs demandes et leurs attentes témoigne des raisons de leur venue auprès de saint Walfroy.

L'Ermitage St-Walfroy, c'est aussi un espace et un temps, possibles, de ressourcement. S'y déroulent en effet des rencontres pour partager et approfondir la Parole de Dieu, s'interroger et s'interpeller, s'enrichir mutuellement. Aussi, dans cette tradition ancienne de 14 siècles, comment ne pas souhaiter que cet ermitage demeure un lieu accueillant et réconfortant pour tous les pèlerins désireux de déposer leurs fardeaux ou porteurs de projets qu'ils veulent confier à saint Walfroy et, par lui, à l'Esprit Saint, à Jésus-Christ et Dieu le Père.

J'oserai comparer la colline St-Walfroy au Mont Thabor où Jésus, à quelques jours de sa mort, amena trois de ses proches disciples. Là il leur apparut "transfiguré", tel qu'il apparaîtra après sa crucifixion. Alors que la condamnation, la Passion, allaient le "défigurer" de douleurs et de souffrances, Jésus incarne alors l'Espérance et la Vie. Le sens et le bénéfice des pèlerinages ne sont-ils pas de pouvoir dépasser toutes les "entraves" qui ralentissent notre marche et blessent nos "bonheurs", et de repartir "revigorés" de grâce et d'Espérance ? Ne sommes-nous pas, comme chercheurs de Dieu ou croyants en lui, toujours invités à marcher, chercher, voir plus loin, au-delà du sensible : l'invisible ?

Que de cierges ont brûlé devant la statue de celui qui a, depuis le 7ème siècle, partagé sa foi et proposé sa foi à ces peuples qui l'ignoraient, que de prières d'offrande, de demande, de merci, d'imploration, de soutien, ont été formulées, bredouillées, confiées à celui qui est devenu, par la conduite de sa vie, un saint vénéré du diocèse de Reims-Ardennes !