Il m'arrive de rencontrer des "gens de la terre" lassés par leur labeur quotidien difficile auxquels s'ajoutent les avatars climatiques, les soupçons d'atteinte à l'écologie et les critiques infondées… Les rendements escomptés ne sont pas forcément au rendez-vous des moissons et les prix du blé ou du kilo de viande sont souvent imprévisibles. Les emprunts nécessaires pour s'équiper s'accumulent parfois chez des banques pressées d'être remboursées. Le rural semble choisir des regroupements de surfaces et d'exploitations, l'agriculture intensive qui exige moins de monde et davantage de machinisme toujours plus performant mais aussi plus coûteux !

Ici ou là on installe des stabulations de plus en plus vastes et mécanisées. Ce phénomène dit de modernisation technologique, informatique et robotique, supprime des postes sur le terrain pour des résultats économiques sans doute augmentés, mais non sans casse sociale, elle aussi en hausse ! Ne dit-on pas qu'il y a dans le monde paysan beaucoup de suicides de jeunes qui ne voient que cette "solution extrême" pour en finir avec les problèmes qui s'accumulent dans leur existence ?

Certes des progrès considérables permettent aux agriculteurs et aux éleveurs d'accomplir leur métier avec plus de capacités à réagir, d'une façon raisonnée et maîtriser, et même à anticiper avec précision ce dont telle ou telle terre a besoin. A la tradition et la transmission reçues et intégrées s'ajoutent aujourd'hui les études, les conseils techniques donnés lors de réunions et d'un accompagnement personnalisé qui se veulent non pas une surveillance contraignante mais un vrai soutien socioprofessionnel.

Oui, ces métiers ruraux sont éreintants et remplis de soucis ! Mais que leur grandeur et leur beauté sont évidentes quand on les regarde avec des yeux humanistes. Les paysans développent en leur personnalité des capacités d'adaptation selon les aléas du climat, des débouchés et besoins locaux et mondiaux, des aptitudes physiques et chimiques des terrains, des ressources hydrauliques et tant d'autres paramètres qui s'imposent… Il faut voir et entendre avec quelle émotion des éleveurs parlent de leurs bêtes, les connaissent, chacune par son caractère et sa personnalité, les nommant chacune par son nom !

Il n'y a guère d'autre métier que le vôtre qui semble obliger à dépendre entièrement de la Nature, avec qui pourtant vous semblez entretenir un lien de négociation et de concertation, d'association paisible et même de confiance. Vous savez d'expérience que sans la Nature, la terre, l'air, la pluie, le soleil, le froid et la chaleur, la lumière, vous ne pourriez faire pousser les graines, élever vos troupeaux et récolter la vie. Aussi le concept d'harmonie et d'accord avec la Nature est-il dans votre esprit, tandis que ceux d'exploitation, de pillage, sont écartés, car ils suggèreraient un malentendu et même un rapport conflictuel avec cette Nature qui est votre alliée principale, votre fournisseuse attitrée !

En résumé de mon propos, je voudrais vous inviter à prononcer devant Dieu d'immenses mercis pour vos durs et beaux métiers acteurs de vie, la vôtre et celle de vos familles, mais aussi de tant et tant d'autres ! A travers vos associations, vos coopératives, vos collaborations, vos cumas, vos entraides ponctuelles ou permanentes, vous contribuez à renforcer le lien social des communes et de l'intercommunalité, vous témoignez de la possibilité de créer des liens fraternels dans un monde qui trop souvent invite à l'individualisme et au repli sur soi. Vous nous montrez ainsi que nous habitons tous – végétaux, animaux et humains des villes et des champs – une Maison Commune à respecter et embellir !