Pour autant que leurs revendications apparaissent diverses et même parfois contradictoires, tous ces "gilets jaunes" ont en commun d'exprimer leurs difficultés à assumer les besoins de leur existence actuelle.

Or selon que l'on s'attarde à écouter leurs souffrances ou que l'on s'interroge sur les possibilités de trouver à celles-ci des ouvertures et plus encore des solutions, on ne peut avoir le même point de vue sur ce mouvement apparu spontanément, non hiérarchisé ni encadré ! Beaucoup adhèrent dans leur for intérieur à ce qui est réclamé à haute voix aux carrefours des routes de France par des gens habituellement muets. Mais un clivage se creuse entre ceux qui ont assez ou beaucoup pour vivre, se loger, s'habiller, manger, voyager, prendre des congés, programmer des loisirs, financer des études longues et coûteuses à leurs enfants, tandis que d'autres, nombreux, se sentent contraints de se passer de tout ce qu'offre en espaces de bonheur la société de profusion.

Aux besoins primaires en effet se sont ajoutés peu à peu des besoins nouveaux d'appareils ménagers, de déplacements, de communication, de confort, de culture et de distractions. La consommation à crédit a peut-être arrangé provisoirement le système économique basé sur la circulation de l'argent, mais n'a-t-elle pas piégé nombre de clients obligés de rembourser avec intérêts, provoquant ainsi des fins de moi asphyxiantes ? Est-il alors étonnant que l'augmentation de taxes et d'impôts donne aux citoyens déjà très serrés dans leur trésorerie l'impression d'être accablés par l'Etat qui, lui, est tenu d'appliquer les projets et les promesses de son programme électoral ? Est-il étonnant dans ces circonstances que l'on entende ce slogan "A quoi bon se préoccuper de sauvegarder la vie future sur terre si elle nous oblige à mourir à petit feu aujourd'hui ?"

En plus de ces constatations, il faut ajouter le sentiment d'injustice et de frustration éprouvé par beaucoup lorsqu'ils comparent leur vie avec celle de ceux qui détiennent de gros moyens économiques, culturels, financiers, leur permettant de profiter au maximum de ce qu'offre la modernité et même de s'en priver sans en souffrir réellement s'ils le décident ! Les possibilités offertes par les progrès multiples et déclarés commercialement à usage de tout le monde, en réalité, créent des clivages douloureux.

Aussi, comment changer de modèle de développement qui consiste à produire et consommer toujours plus, quand on perçoit les signes d'épuisement des richesses naturelles et la détérioration de l'air, de l'eau et des terres arables, pour lui substituer un modèle dans lequel les rendements, le profit, le productivisme, les dépenses ne sont plus le moteur ; dans lequel les citoyens eux-mêmes sont encouragés à modérer leur consommation, à développer une vie frugale et modeste, davantage solidaire, avec le désir d'un bonheur plus intérieur et plus spirituel, en donnant la préférence à l'Etre sur l'Avoir et le Paraître !