Malgré ses progrès en nombre de domaines scientifiques et techniques, la société humaine souffre toujours de ses divisions et des violences que celles-ci génèrent. S'il n'est pas maîtrisé par chacun(e), l'instinct de supériorité et de suprématie peut se transformer en mentalité dominatrice, en compétition, en rivalité, en agressivité. Le réflexe de se comparer peut devenir le besoin de passer devant et même d'assujettir. Une frustration qui naît du sentiment de manque empêche de s'aimer soi-même tel que l'on est et peut aussi dégénérer en jalousie à l'égard de proches à qui tout semble bien réussir.

La violence, les piqûres et les blessures proviennent souvent d'incompréhension, de refus et rejet des différences, de préjugés, qui creusent peu à peu des ghettos de pensée et de modes de vie, opposés et devenant peu à peu des divisions durables. A force de creuser des tranchées dans lesquelles les protagonistes s'enferment pour se protéger, des postures définitives s'installent et des projets de gagner du terrain sur les adversaires devenus des ennemis s'élaborent. Les projectiles habituels pour attenter aux autres sont les rumeurs, les calomnies et parfois les gestes brutaux, les harcèlements de toute sorte qui salissent et font mal, laissent des traces visibles et douloureuses.

De la violence reçue, il n'y a qu'un pas vers la violence rendue. En effet, l'idée de vengeance et de revanche peut immédiatement surgir chez une personne qui souffre parce qu'elle se sent incomprise, ignorée, méprisée, dominée, réduite au silence et rabaissée… Cette violence qu'elle subit peut déclencher en elle un réflexe de légitime défense. La peine de mort suivait cette logique. Dans la loi juive, il était demandé de répondre au mal par un geste équivalent : "œil pour œil, dent pour dent"… Or Jésus a "défait" cette règle de proportionnalité qui semblait juste en prenant sur lui d'interrompre tout flux de violence.

A maintes occasions, Jésus ira encore plus loin en demandant de pardonner "70 fois 7 fois", c'est-à-dire tout le temps ! Car offrir son pardon, même pour de graves offenses, c'est refuser de réduire le méchant à son acte violent, et c'est du même coup lui laisser la voie ouverte pour qu'il change de mentalité et de conduite vis-à-vis d'autrui. Refuser de pardonner, c'est laisser un fossé se creuser et s'embourber, c'est laisser s'installer durablement une barrière.

Oui, le pardon n'est pas qu'une possibilité, il me semble être un devoir, une démarche raisonnable et sage offerte à tout un chacun et en premier aux chrétiens. Car de cette attitude spirituelle où s'inscrit le pardon, Jésus est le modèle et l'illustration. Jésus est acclamé par la foule à son entrée à Jérusalem. Il est jugé par Pilate d'une façon expéditive. Sa condamnation à mort est alors approuvée par cette même foule en délire qui le réclamait comme roi ! Comment ne pas être touché, et ne pas se sentir appelé à s'en inspirer dans notre propre vie, par ce regard de bonté et de pardon qui croise celui de Pierre, trois fois renégat ? Comment ne pas être bouleversé par ces dernières paroles prononcées par Jésus depuis la Croix où il vient d'être cloué : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font"…

"Seigneur, pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés...