Les siècles de la Rationalité et des grandes découvertes, les capacités scientifiques et techniques de l'Homme ont forgé peu à peu cette mentalité devenue une prétention et une exigence que le progrès était infini et qu'il consistait à posséder toujours plus, d'argent et de biens matériels. Cette conception du progrès incluait aussi la répartition juste du bénéfice apporté par les connaissances toujours plus avancées et des pouvoirs qui en découlaient. Honte à ceux qui doutaient de la pérennité de cette conception du progrès et à ceux qui, en petit nombre, le confisquaient pour leur seul intérêt !

Or des lanceurs d'alerte de plus en plus nombreux et pris au sérieux disent que le réel naturel ne peut être considéré comme infini ni dans l'espace ni dans le temps, puisqu'il est contenu dans un monde lui-même fini, délimité, exploitable, mais non renouvelable en nombre de ses ressources naturelles. On peut visiter et découvrir toutes les mesures et dimensions de la terre et répertorier ses ressources minérales, végétales, animales, explorer les grands espaces de l'univers, on peut transformer, améliorer, rectifier, avec le projet de maîtriser et de se ménager une existence toujours plus protégée et assurée.

Cependant, au lieu d'assister à une amélioration, on constate une dégradation. Des signes plus qu'alarmistes appellent à l'urgence de réagir pour sauvegarder la "maison commune", selon l'expression employée par le pape François dans son encyclique Laudato' Si traitant de l'écologie. Or le drame, me semble-t-il, se situe dans le fait que, si intellectuellement beaucoup d'habitants de la Terre comprennent ces signaux d'urgence de plus en plus fréquents, leur mentalité est toujours accrochée à la notion de progrès matériel et consumériste qui réclame toujours plus et pour tous, d'une façon égale et équivalente.

Aussi je prétends qu'on ne sortira pas de ce dilemme sans refonder la notion de progrès et déjà de bonheur humain. Cela passe par un changement radical des mentalités dans lesquelles les mots maîtrise, frugalité, sagesse, partage, solidarité et même fraternité prennent une place prioritaire. Ce changement de cap et d'orientation est la seule révolution utile et salutaire pour l'Humanité en toute sa diversité répartie sur terre. Si elle n' a pas lieu dans les têtes et les cœurs, elle conduira à une impasse totale dans laquelle sera pris en otage le Monde entier, en raison des erreurs qu'il aura peut-être perçues, mais dont il n'aura pas su capter les appels à agir, au plus vite.

Cette crise majeure des rapports entre l'Humanité et la Nature interpelle la conscience de chacune et chacun, en urgence maximum ! Le ralentissement, et même l'inversion des canons sacrés attribués au progrès sont le prix à payer pour que le primat de l'Humain soit sauvegardé !

Mais les pays au développement décalé vont-ils accepter si spontanément les conclusions de modération qu'auront tirées les pays riches après avoir tant bénéficié de ce qu'ils nommaient eux-mêmes "le progrès" ? N'oublions pas que ces pays qualifiés "d'émergents" et "en voie de développement représentent près des 4 cinquièmes de la planète !