Vous viendrait-il à l'idée d'acquérir une voiture sans volant et sans tableau de bord ? Ou un bateau sans gouvernail ? Des parents seraient-ils heureux que leurs enfants devenus grands passent sans cesse les consulter pour leur demander de prendre les décisions qui concernent leur propre vie ? Cette habitude ne serait-elle pas l'illustration d'une éducation ratée ?

Il est en effet des parents qui, voulant un bel avenir pour leurs enfants, misent tout sur l'instruction, les examens, les concours, en un mot sur la Raison et l'intelligence. Beaucoup aussi encouragent leurs enfants à développer leurs capacités physiques et artistiques, à apprendre à s'exprimer et à fréquenter les autres par une vie sociale mesurée et normale. Mais ces mêmes parents pensent-ils suffisamment à fournir à leurs enfants non seulement de quoi accéder à de bons moyens de vivre, mais aussi de sérieuses et solides raisons de vivre ? Ne sous-estiment-ils pas trop souvent le devoir d'encourager leurs enfants à exercer cette noble faculté qu'est leur conscience ?

Un jour ou l'autre l'enfant devenu adulte se retrouve seul, aux commandes de sa propre existence tel un capitaine de bateau en haute mer. Tant mieux pour lui s'il a conscience de l'endroit d'où il vient, du rôle qu'il joue, s'il sait vers quel port il se dirige et quelle voie maritime est préférable. La conscience est cette faculté que chacun détient et qu'il serait très dommageable de négliger car elle permet d'exercer son libre arbitre et de tracer son itinéraire, d'assurer ses choix et d'assumer ses décisions et ses actions. Or, s'il est une morale naturelle, la religion fournit aussi des repères pour orienter et finaliser la conduite de nos vies humaines. Elle est comme le GPS des véhicules, comme le logiciel des ordinateurs. La foi chrétienne basée sur l'adhésion à la personne de Jésus et aux façons d'envisager la vie que l'Evangile diffuse alimente notre conscience dans les moments décisifs et marquants de notre parcours terrestre.

Sans que je me permette de les juger, je pense que nombre de parents passent à la trappe leur devoir de transmettre à leurs enfants, en même temps que les éléments nécessaires à une réussite scolaire et à une bonne forme physique, indispensables, des repères fondamentaux comme autant de repères moraux et spirituels qui leur donnent à progresser, à traverser les nappes de brouillard, à négocier avec les courants dérivants, à garder le cap. J'ai entendu trop de parents refuser le baptême de leur enfant pour le remettre à plus tard, quand il aurait l'âge de "choisir lui-même", m'obligeant à leur demander quels éléments ils lui transmettraient pour lui permettre de se positionner. Ces parents me font penser à des randonneurs qui oublieraient en cours de route leur itinéraire, leur lieu d'arrivée, et qui auraient de plus omis de remplir leur sac à dos de ravitaillement alimentaire pourtant nécessaire !

En tant de domaines, notre liberté personnelle mais aussi collective est appelée à choisir et sélectionner. Car si le monde détient aujourd'hui de plus en plus de moyens, les utiliser sans discernement moral peut se révéler coupable ! Or en n'ayant pas de vrais critères pour nous décider si nous ne détenons pas de référentiel en notre conscience, nous risquons d'être conditionnés par le milieu ou les circonstances, et en conséquence ballottés et orientés vers des itinéraires que nous n'assumons pas réellement… Aussi n'oublions jamais de développer cette belle faculté mais parfois oubliée dans la transmission aux jeunes et leur éducation !