Il arrive assez souvent que des gens en plein désarroi devant la maladie ou la mort d'un proche parent portent plainte contre Dieu qui n'a rien fait contre le mal quand bien même beaucoup l'avaient prié d'intervenir ! Après avoir évoqué l'inefficacité de la prière, la personne en conclut que prier ne sert à rien, que Dieu ne s'intéresse pas aux humains et même qu'Il n'existe peut-être pas, qu'Il est une invention de l'homme aux abois !

Evidemment, lorsque ce thème de la prière "inefficace" est abordé, les questions s'adressent au prêtre censé être capable d'apporter quelques réponses. Il est vrai que dans la relation à Dieu, il ne faut pas avoir une attitude commerciale dans laquelle la prière serait le prix à verser à Dieu qui, lui, devrait automatiquement exécuter ce qui lui est demandé. La relation à Dieu est de nature gracieuse. Prier, c'est plutôt confier à Dieu ses blessures, ses souffrances, ses attentes, plutôt que d'exiger des changements radicaux qui viendraient inverser le déroulement d'un processus. De plus, comme le disent les pèlerins malades qui se rendent à Lourdes, quand on demande la guérison d'une maladie, on obtient de revenir avec une âme réconciliée et en paix. Car si Dieu ne donne pas ce que l'on réclame, il offre souvent ce dont il considère que nous avons le plus besoin !

Trop souvent on considère Dieu comme un tenancier de guichet qui délivre des droits à monter dans le bus ou le train. Et dès lors que l'on s'en est acquitté, on pense que le chauffeur nous mènera là où l'on désire se rendre ! Or prier n'est pas faire valoir ses droits tels qu'on les conçoit, c'est davantage partager ses peines et ses joies, confier à Dieu ses projets et ses désirs ; c'est l'associer à notre vie non dans le but de se démettre de nos responsabilités et de nos capacités d'assumer et d'agir, mais en sachant son soutien et dans le but d'élargir, d'allonger et de renforcer notre Foi. Bien sûr si Dieu, d'une façon exceptionnelle ou miraculeuse, veut intervenir, c'est à lui de juger s'il veut diffuser un signe lumineux de son existence.

Dans toutes les circonstances, notre prière doit d'abord reconnaître la liberté divine à apporter une réponse que nous ne prétendons pas définir d'avance. Dieu seul en est maître car il nous connaît mieux que nous-mêmes. Il est vrai que Dieu a l'habitude d'être appelé comme l'ultime recours lorsque toutes les ressources humaines sont épuisées. Des gens affichant une grande distance par rapport à la religion peuvent tout à coup, lorsque survient un malheur, une épreuve dans leur vie, se mettre à supplier Dieu, s'il existe, ajoutent-ils, de venir les secourir. Ils lui lancent un sms sans trop savoir comment il fonctionne, un peu comme en cas de détresse on appelle en urgence le SAMU.

Dieu leur en veut-il alors, à ces "ouvriers de la dernière heure", de ne guère le contacter en dehors des coups durs ? Fait-il alors la sourde oreille à ces gens accablés ? Ne secourt-il que les membres identifiés et fidèles de sa clientèle habituelle ? A ces interrogations, la réponse est non. Car l'énergie de son Amour ne dépend pas de notre Foi, de notre Espérance, comme la source ne dépend pas de l'eau du torrent. Dieu nous aime, et c'est en raison de cela que nous le croyons seul capable de savoir ce qui est bien, bon et beau pour nous.