Il m'est parfois arrivé d'avoir à expliquer pourquoi valoriser l'Humain était aussi important que de nommer le Divin. En insistant pour que l'on contemple la vie et l'histoire d'une personne, il s'agit de s'exercer à y percevoir l'Esprit qui s'y trouve, en raison du Christ, Fils de Dieu et fils d'homme. Par son Incarnation, Jésus de Nazareth a réconcilié et allié Dieu qu'il était dès son origine et l'homme qu'il est devenu aussi, par sa naissance de Marie.

Aussi désormais nous savons et surtout nous croyons que Dieu n'est pas à chercher seulement dans le Ciel, il est présent sur terre et dans l'humain d'une façon singulière. Il revient alors aux chrétiens de le discerner et de le montrer à travers les pensées, les engagements, les actes qui conduisent à deviner une présence et une énergie divines, le parfum de l'Evangile, l'œuvre de l'Esprit Saint envoyé par Jésus après son passage sur terre. En nous référant aux évangiles qui nous font découvrir les convictions et les habitudes de Jésus, qui il est, nous pouvons parvenir à reconnaître la présence de son Esprit dans ce qui anime beaucoup de gens de bonne volonté, sincères et généreux dans leurs intentions et leurs actions. En effet, même sans professer explicitement une foi en Dieu, des gens de tout âge, de tout lieu et milieu, en tant de circonstances peuvent bénéficier de l'apport "énergétique" de l'Esprit Saint.

Or certains chrétiens qui se veulent d'ardents et zélés missionnaires affirment qu'il faut rapidement désigner à ces gens qui font le bien, mais sans se recevoir du Ciel, que les forces dont ils bénéficient pour penser et agir proviennent de l'Esprit divin. Car si l'on ne parle pas de Dieu, on s'expose à n'avoir qu'une position humaniste et à priver les gens, animés de l'intérieur, de ce que la découverte de Dieu peut leur apporter dans le déroulement de leur vie.

Pourtant, en m'appuyant sur les évangiles et en particulier sur celui du Jugement Dernier en Matthieu 25, j'incline personnellement à chercher d'abord dans l'humain les traces et les signes de la présence de Dieu, de préférence à prononcer son nom trop vite. Lorsque Jésus dresse lui-même cette liste non exhaustive où il se déclare présent en personne : "J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, soif et vous m'avez donné à boire, j'étais étranger et vous m'avez accueilli, nu et vous m'avez vêtu, prisonnier et vous êtes venu me voir"…, sur le moment, ces "justes" ne savaient pas qu'ils honoraient Jésus en servant les autres. Ils l'apprennent au moment d'être accueillis au Ciel par le Roi qui leur fournira cette explication : "En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait"…

Jésus a passé une grande partie de son temps à révéler Dieu son Père aux foules, par des discours, et il a aussi illustré concrètement par des actes de charité, de guérison, de pardon, ce que la foi en Dieu pouvait produire et transformer.

Enfin, il me semble que Jésus lui-même n'a pas annoncé trop tôt qu'il était Dieu lui-même. Il a plutôt choisi le silence des trente ans d'insertion dans la condition humaine à Nazareth. Et pendant ses trois ans de vie publique, il a parfois recommandé à certaines personnes ayant bénéficié de ses pouvoirs de vie de ne pas en parler…

L'humain n'est-il pas le terrain de rencontre et d'alliance entre le Ciel et la terre, le temps et l'Eternité, l'Amour divin et les amours humaines, le don de Dieu et les réponses humaines ?