Dans des quartiers urbains où les policiers et les agents en uniforme se font caillasser, lui, me dit-il, comptait des amis. A la profession de foi de l'un de ses enfants, une famille musulmane lui a fait porter un copieux couscous. Jamais dans ce quartier où il déambulait à pied pour son travail il n'a été hué ni injurié. Etonné par le comportement respectueux de sa personne et de sa fonction, ce policier a demandé à une famille pourquoi lui bénéficiait de cette attitude bienveillante. Quelle ne fut pas sa surprise d'entendre cette étonnante réponse : "Vous, les familles musulmanes vous aiment bien parce que vous êtes croyant en Dieu, comme nous en Dieu". Sans rien cacher de sa foi religieuse et tout en respectant une authentique laïcité, ce policier avait peu à peu gagné la confiance de ce peuple des cités. En me faisant part de la façon d'exercer sa profession de maintien de l'ordre et de gardien des lois, il m'invitait à élargir mes réflexions sur la vie dans les grands ensembles de banlieues.

Sous prétexte que la République se doit d'être laïque, n'occulte-t-elle pas parfois, jusqu'à les blesser au plus profond d'eux-mêmes, les croyants en Dieu qui ont un besoin vital de le prier et d'en parler ? A force de gommer les signes religieux pour évacuer Dieu des espaces publics ainsi "neutralisés", les gens pour qui la foi est importante dans leur vie peuvent se sentir méprisés et mis de côté. La société qui se veut séculière, qui se veut amnésique de Dieu et entend conduire l'histoire sans autre inspiration que celle qu'elle se donne elle-même, qui prétend gagner en liberté et en responsabilité, cette société-là ne se prive-t-elle pas en réalité des lumières du concepteur et créateur de l'univers et de tout ce qu'il renferme ?

Cela me fait penser parfois à un homme qui déballe chez lui un bel instrument qu'il vient d'acheter et qui par étourderie jette la notice d'utilisation en même temps que l'emballage. Il se retrouve bien embêté pour le faire fonctionner normalement. Il est contraint de chercher et de faire de multiples essais qui réussissent et parfois échouent ! Cette société qui remise Dieu dans les années obscurantistes du passé ressemble à ces enfants qui ne supportent plus d'être guidés ni accompagnés en rêvant d'une existence complètement indépendante. Cette société se prive de la vérité des religions et des croyants, un peu comme si on décidait de poser des panneaux solaires sous un toit ou des éoliennes derrière une colline à l'abri du vent, ou un circuit d'irrigation qui ne serait pas raccordé à une source d'eau, ou encore un rond-point ou un pont en plein champ qu'aucune route ne rejoindrait.

Une société qui fait tout pour chasser Dieu, dont les lois et l'esprit ne sont plus consultés, dans laquelle l'homme se déclare seul maître à bord, cette société-là ne risque-t-elle pas de tomber en panne de sens, d'itinéraire et d'arrivée ?...