En regardant Jésus cloué sur la Croix après un jugement expéditif de Pilate qui, se laissant par démagogie influencer et dicter la sentence par une foule versatile, a préféré libérer Barabbas plutôt que Jésus, n’a-t-on pas tendance à retenir que c’est l’accumulation des souffrances physiques, psychiques et morales de ce dernier qui nous vaut le salut ?

Or cette vision du rachat du mal et du péché par les souffrances endurées a encouragé le développement de spiritualités qui se nourrissaient de mortifications et de valorisation des piqûres et blessures qui surviennent, puisqu’elles étaient associées à celles du Christ ainsi sauveur. Le pas était ainsi franchi qui consistait à penser que tous les obstacles et avatars de la vie et les peines qu’ils génèrent constituent des occasions de salut. Cette façon de faire du mal, des malheurs et des souffrances la locomotive de la libération apportée par Jésus doit être plus que précisée, rectifiée.

En effet c’est parce qu’il a réussi à demeurer pleinement fidèle à sa divinité tout en assumant pleinement sa condition humaine et tout ce qu’elle comporte de pénible que Jésus trace un chemin valable et praticable par tous. Alors que l’homme lié à la terre et au réel désespérait de pouvoir marcher en la compagnie de Dieu jusqu’à parvenir en sa maison, Jésus est descendu du ciel pour montrer en toute sa personne, ses paroles, ses actes, ses attitudes, qu’il est « chemin, vérité et vie » et que passer par lui assure notre salut. Ainsi ce n’est pas ce qui nous fait mal qui nous permet d’accueillir le salut, mais l’amour qui permet de traverser et surmonter, transcender toutes les formes de maux et douleurs auxquelles le déroulement de notre vie terrestre nous confronte. L’apôtre saint Jean dira même de l’amour que la mort ne l’anéantit pas et que celui qui en fait le moteur de sa vie ne meurt jamais.

Si la souffrance était rédemptrice par elle-même, pourquoi Jésus aurait-il passé tout ce temps à guérir tant de gens blessés et à réconcilier entre eux tant d’autres éloignés et isolés ? Par contre il n’a cessé de répéter que le passe-partout, la clé universelle pour rendre libre et sauver, c’était aimer Dieu et aimer son prochain. Jésus a montré que la condition humaine, non seulement n’est ni un piège ni un obstacle, mais qu’elle est un espace et un temps transitoires grâce auxquels, à la suite de Jésus, tout être peut se recevoir de Dieu. Jésus de Nazareth, Fils du Père venu sur terre, a fait de l’Humain une chance de rencontre et même d’association, de mariage, d’alliance entre l’Humain et le Divin, la terre et le ciel, l’actuel et l’Eternel. Aussi c’est bien en aimant vivre au monde et en créant des liens fraternels avec ceux et celles qui composent l’Humanité, dans sa pluralité et ses diversités, que nous contribuerons à l’accueil du salut gagné et offert par Jésus, Fils de Dieu et fils d’homme.

Ce n’est pas l’accumulation de souffrances qui sauve, mais l’amour reçu de Dieu et l’amour donné aux autres. Durant ses 33 ans en Palestine, Jésus a fait de son amour le fil rouge fidèle et inoxydable de sa vie, et l’ascenseur du salut pour tous !